Saʽīd ibn al-Musayyib était l’une des personnes les plus scrupuleuses quant à ce qu’il laissait entrer chez lui et dans sa nourriture. Il faisait preuve d’une grande ascèse à l’égard des surplus de ce monde et s’abstenait de toute parole inutile. Il était également réputé pour son extrême politesse en matière de transmission orale.
Un homme vint le voir alors qu’il était malade et l’interrogea au sujet d’un ḥadith. Saʽīd se redressa pour lui transmettre le récit, puis se recoucha. L’homme lui dit : « J’aurais aimé que tu ne te donnes pas tant de peine. » Il répondit : « Je répugnais à te rapporter un ḥadith du Messager de Dieu ﷺ en étant allongé. »
Burd, son affranchi, déclara : « Pendant quarante ans, dès que l’on faisait l’intention de prier, Saʽīd se trouvait déjà dans la mosquée. » Ibn Idrīs rapporta : « Saʽīd ibn al-Musayyib a accompli la prière de l’aube avec les ablutions de la prière du soir durant cinquante années. »
Saʽīd disait : « Ne remplissez pas vos yeux de la vue des aides de l’injustice, à moins d’éprouver une réprobation dans vos cœurs, afin que vos bonnes œuvres ne soient pas réduites à néant. » Il affirma aussi : « Lorsque le diable perd tout espoir vis-à-vis d’une chose, il vient par le biais des femmes. » Encore : « Jamais les serviteurs de Dieu ne se sont honorés autant qu’en Lui obéissant, et jamais ils ne se sont abaissés autant qu’en Lui désobéissant. »
Il disait également : « Il suffit comme secours de la part de Dieu qu’un homme voie son ennemi s’adonner à la désobéissance. » Et : « Celui qui trouve en Dieu sa suffisance, les autres auront besoin de lui. » Il ajoutait : « Ce monde est vil et il penche vers tout être vil. Plus vil encore est celui qui l’obtient par des moyens illicites et le dépense en des voies blâmables. »
Saʽīd disait aussi : « Il n’existe ni notable, ni savant, ni homme de vertu sans qu’il ait un défaut, mais il en est dont il ne convient pas de mentionner les imperfections. » Il ajoutait : « Celui dont les mérites sont supérieurs à ses insuffisances voit ses insuffisances compensées par ses mérites. »
Saʽīd ibn al-Musayyib maria sa fille à Kathīr (1) ibn Abī Waddāʽah pour deux dirhams. Elle comptait parmi les plus belles femmes, les mieux éduquées, et elle était l’une des plus instruites du Livre de Dieu et de la Sunna du Messager de Dieu ﷺ, connaissant également les droits du mari. Kathīr était pauvre, aussi Saʽīd lui envoya cinq mille dirhams – certains disent vingt mille – en disant : « Sers-t’en pour subvenir à vos besoins. » Son histoire à ce sujet est bien connue.
ʽAbd al-Malik avait demandé sa main pour son fils al-Walīd, mais Saʽīd refusa. Lorsque le serment d’allégeance à al-Walīd parvint à Médine sous le règne d’ʽAbd al-Malik, le gouverneur de la ville, Hishām ibn Ismāʽīl, fit battre Saʽīd, le promena à travers Médine et le menaça de l’épée, mais il poursuivit son chemin sans prêter allégeance. Alors qu’on le brutalisait, une femme le vit et s’exclama : « Quelle honte, ô Saʽīd ! » Il répondit : « C’est pour fuir la honte que nous en sommes là, autrement nous héritions de la disgrâce dans ce monde et dans l’au-delà. »
Saʽīd portait sur son dos une peau de brebis et possédait des biens avec lesquels il commerçait. Il disait : « Ô Dieu, Tu sais que je ne les ai pas conservés par avarice, ni par convoitise, ni par amour de ce bas monde ou pour satisfaire mes désirs. Je veux simplement préserver ainsi ma dignité face aux Banū Marwān jusqu’à ce que je Te rencontre, afin que Tu juges entre eux et moi, tout en m’en servant au besoin. »