Et Khalid ibn ‘Abd Allâh al-Qasrî avait la lieutenance de La Mecque, tandis qu’‘Uthmân ibn Hayyân était chargé de Médine. Quant à l’Orient dans son ensemble, il relevait d’al-Hajjâj. Sur le Khurâsân officiait Qutayba ibn Muslim. À Kûfa, au nom d’al-Hajjâj, se trouvait Ziyâd ibn Jarîr, et la fonction de juge y était exercée par Abû Bakr ibn Abî Mûsâ. Pour la ville de Bassora, c’était al-Jarrâh ibn ‘Abd Allâh al-Hakamî qui en tenait l’émirat pour le compte d’al-Hajjâj, et son juge était ‘Abd Allâh ibn Adhinah. Et Dieu — Gloire à Lui — est plus savant. (1)
[Mention de ceux qui décédèrent cette année parmi les personnalités notoires]
Sa‘îd ibn Jubayr ibn Hishâm al-Asadî (2), affranchi de la branche al-Wâlibî, Abû Muhammad — certains disent également Abû ‘Abd Allâh —, originaire de Kûfa et établi à La Mecque, comptait parmi les plus illustres disciples d’Ibn ‘Abbâs. Il fut l’un des imams de l’islam dans l’exégèse coranique, la jurisprudence, dans diverses sciences et par l’abondance de ses œuvres pies — qu’Allâh lui fasse miséricorde. Il a fréquenté de nombreux Compagnons et rapporta leurs enseignements ; à son tour, beaucoup de Successeurs et d’autres personnes ont transmis de lui. On raconte qu’il récitait tout le Coran entre la prière du Maghrib et celle de l‘Ishâ’. Il s’asseyait aussi dans la Ka‘ba pour y lire le Coran en entier, et il lui arrivait de l’achever en une seule rak‘a à l’intérieur même de la Ka‘ba.
Ibn ‘Abbâs, informé de la venue des gens de Kûfa qui le consultaient, dit : « N’avez-vous donc pas Sa‘îd ibn Jubayr (3) parmi vous ? »
On rapporte de Sufyân al-Thawrî, d’après ‘Amr ibn Maymûn, d’après son père : « Sa‘îd ibn Jubayr est mort et il n’y avait alors sur terre personne qui ne fût en besoin de son savoir (4). »
Il fut parmi ceux qui s’étaient soulevés avec Ibn al-Ash‘ath contre al-Hajjâj. Après la victoire [d’al-Hajjâj], Sa‘îd s’enfuit à Ispahân, puis il se rendit deux fois par an à La Mecque, une fois pour la ‘umra et une autre pour le hajj. Il arrivait qu’il se rendît à Kûfa et y enseignât. Lorsqu’il se trouvait au Khurâsân, il s’attristait, car personne ne l’interrogeait sur le savoir. Il déclarait : « Parmi ce qui me pèse, il y a ce que je sais. J’aurais aimé que les gens le prennent. » Il vécut ainsi, dissimulé aux yeux d’al-Hajjâj, près de douze années. Finalement, Khâlid al-Qasrî l’envoya de La Mecque à al-Hajjâj et il se produisit, entre eux, l’échange que nous avons évoqué plus haut.
Abû Nu‘aym rapporte dans son ouvrage Hilyat al-Awliyâ’ (6) : « Nous raconta Abû Hâmid ibn Jablah, nous raconta Muhammad ibn Isḥâq, nous raconta… »