Muhammad ibn Ḥātim (1) rapporta : « ʿAbd al-Malik ibn ʿAbd Allāh [d’après Hilāl] ibn Khabbāb a dit : “On amena Saʿīd ibn Jubayr devant al-Ḥajjāj. Ce dernier lui demanda : ‘As-tu écrit à Muṣʿab ibn al-Zubayr ?’ Il répondit : ‘Oui, Muṣʿab m’a écrit.’ Al-Ḥajjāj déclara : ‘Non, par Dieu, je te tuerai.’ Saʿīd répliqua : ‘Dans ce cas, je serai bel et bien Saʿīd (heureux), comme ma mère m’a nommé.’ Puis il le mit à mort. Al-Ḥajjāj ne vécut ensuite que quarante jours. Lorsqu’il dormait, il voyait Saʿīd en rêve saisir le col de son vêtement et lui dire : ‘Ô ennemi de Dieu, pourquoi m’as-tu tué ?’ Al-Ḥajjāj s’exclamait alors : ‘Qu’ai-je à voir avec Saʿīd ibn Jubayr ? Qu’ai-je à voir avec Saʿīd ibn Jubayr ?’” »
Ibn Khallikān (2) relate : « Saʿīd ibn Jubayr ibn Hishām al-Asadī, affranchi des Banū Wālaba (3), était originaire de Kūfa. Il figurait parmi les éminents savants de la génération des Tābiʿūn. Il était de couleur sombre et ne mettait pas par écrit ses fatwas. Cependant, lorsque Ibn ʿAbbās perdit la vue, il nota ces avis ; ce qui provoqua la colère d’Ibn ʿAbbās. Ibn Khallikān rapporte également le récit de sa mise à mort similaire à ce qui précède, en précisant qu’elle eut lieu en Shaʿbān, et que la mort d’al-Ḥajjāj survint après lui en Ramaḍān – selon certains, six mois plus tôt. »
On rapporte qu’imām Aḥmad (4) aurait dit : « Saʿīd ibn Jubayr fut tué alors que nul sur terre n’était exempt – ou détaché – de la nécessité de sa science. » Il est également dit qu’al-Ḥajjāj ne fut plus autorisé à s’en prendre à qui que ce fût après cela. Nous reviendrons sur ce point dans la biographie d’al-Ḥajjāj.
Ibn Jarīr (5) écrit qu’on nomma cette année « l’année des juristes », parce que la plupart des savants juristes de Médine y moururent. Au début de cette même année disparut ʿAlī ibn al-Ḥusayn [Zayn al-ʿĀbidīn], suivi de ʿUrwa ibn al-Zubayr, puis Saʿīd ibn al-Musayyib, ainsi qu’Abū Bakr ibn ʿAbd al-Raḥmān ibn al-Ḥārith ibn Hishām [et Saʿīd ibn Jubayr qui était de la Mecque] (6).
Nous avons déjà évoqué les notices biographiques de ces figures dans notre ouvrage « al-Takmīl » (7) et nous en rappellerons encore quelques éléments ici, si Dieu le veut. Ibn Jarīr précise enfin qu’al-Walīd ibn ʿAbd al-Malik nomma, cette année-là, Sulaymān ibn Ḥabīb (8) au poste de juge en Syrie. Quant au pèlerinage, il fut conduit par al-ʿAbbās (9) ibn al-Walīd – ou, selon une autre source, par Maslama ibn ʿAbd al-Malik.