Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

«— Je t’ai donc établi imam ? demanda-t-il. — Oui, répondit-il.

— Ne t’ai-je pas nommé juge ? Pourtant les gens de Koufa se mirent à protester, disant qu’il n’était pas convenable que la magistrature fût confiée à autre qu’un Arabe. Alors j’ai chargé Abou Bardah de la fonction et je lui ai ordonné de ne prendre aucune décision sans toi ?
— Oui.

— Ne t’ai-je pas aussi remis cent mille [pièces] à distribuer aux nécessiteux ?
— Oui.

— Qu’est-ce qui t’a alors poussé à te soulever contre moi ?
— J’avais prêté allégeance à Ibn al-Ach‘ath.

Al-Hajjaj, se mettant en colère, s’écria :
— N’avais-tu pas déjà l’allégeance du Commandeur des croyants autour du cou ? Puis il dit : Te serais-tu donc renié en te révoltant contre moi ?
— Je n’ai jamais renié ma foi depuis que j’ai cru, répondit-il.

— Choisis la manière dont je vais te tuer.
— Choisis toi-même, puisque le talion se tiendra devant toi.

Al-Hajjaj ordonna alors : « Gardes ! Coupez-lui la tête ! » Cela se produisit pendant le mois de Ramadan de l’an quatre-vingt-quinze à Wâsit. Son tombeau est encore apparent et visité. Après l’avoir mis à mort, son sang s’écoula en abondance, ce qui terrifia Al-Hajjaj ; il fit venir un médecin qu’il interrogea, et celui-ci lui dit : « Tu l’as tué alors que son âme et son cœur étaient toujours présents. »

On rapporte qu’Al-Hajjaj fut vu en songe et qu’on lui demanda : « Qu’est-ce que Dieu a fait de toi ? » Il aurait répondu : « Pour chaque homme que j’ai tué, Il m’a infligé un supplice, et pour Sa‘id ibn Jubayr, Il m’en a infligé soixante-douze. Dieu est plus savant. » (1)

Ibn Jarir (2) rapporte : « Abou Ghassan Mâlik ibn Ismâ‘îl m’a raconté avoir entendu Khalaf ibn Khalîfa relater, de la part d’un homme, que lorsque Al-Hajjaj mit à mort Sa‘id ibn Jubayr, la tête de celui-ci, une fois tombée, proclama trois fois la louange divine (tahlîl). Une fois il l’exprima clairement, et pour les deux autres fois, il prononça les mêmes mots sans netteté. »

Abou Bakra al-Bâhilî (3) a également rapporté qu’il avait entendu Anas ibn Abî Shaykh dire : « Quand Al-Hajjaj reçut Sa‘id ibn Jubayr, il s’écria : “Qu’Allah maudisse le fils de la chrétienne !”, en parlant de Khâlid al-Qasrî, celui qui avait fait arrêter Sa‘id à la Mecque. Il poursuivit : “Ne savais-je pas déjà où il se trouvait ? Par Dieu ! J’avais connaissance de sa demeure à la Mecque !” Puis, se tournant vers lui, il demanda : “Ô Sa‘id, pourquoi t’es-tu levé contre moi ?” Il répondit : “Qu’Allah préserve l’émir, je suis un homme parmi les musulmans, susceptible de se tromper comme d’atteindre la vérité.” L’âme d’Al-Hajjaj s’apaisa et son visage s’éclaircit, dans l’espoir de l’épargner. Puis, l’ayant questionné à nouveau au sujet de cette affaire, Sa‘id répondit : “Ce n’était qu’une seule allégeance pesant sur moi.” Al-Hajjaj se mit alors en fureur, et il arriva ce que l’on sait de son exécution. »

‘Attâb ibn Bishr (5), citant Sâlim al-Afṭas, a dit : « On conduisit Sa‘id ibn Jubayr devant Al-Hajjaj alors que ce dernier s’apprêtait à partir, ayant déjà posé un pied dans l’étrier. Il déclara : “Par Dieu, je ne monterai pas [sur ma monture] avant que tu ne prennes ta place en Enfer. Tranchez-lui la tête !” Et on lui trancha la tête. On raconte que l’esprit d’Al-Hajjaj en fut troublé, si bien qu’il ne cessait plus de s’écrier : “Nos chaînes ! Nos chaînes !” Pensant qu’il réclamait celles qui entravaient Sa‘id, ils coupèrent les jambes de Sa‘id à mi-tibia et emportèrent ses fers. »

(1) De son propos : « Et al-Wâqidî a dit... » jusqu'ici, ajouté par A., et le récit textuel dans Wafayât al-A‘yân (2/373), Târîkh al-Islâm (événements des années 81-100 / pp. 367-368), Siyar A‘lâm al-Nubalâ’ (4/328) et al-Wâfî bi-l-Wafayât (15/207). (2) Târîkh al-Ṭabarî (6/489). (3) Source précédente. (4) Dans al-Ṭabarî (6/489) : et il répudia. (5) Târîkh al-Ṭabarî (6/490).
فجعلتك إمامًا؟ قال: بلى. قال: أما وليتك القضاء فضج أهل الكوفة أنه لا يصلح للقضاء إلا عربي، فجعلت أبا بردة وأمرته أن لا يقطع أمرًا دونك؟ قال: بلى. قال: أما أعطيتك مئة ألف تفرقها على أهل الحاجة؟ قال: بلى. قال: فما أخرجك عليَّ؟ قال: بيعة كانت في عنقي لابن الأشعث. فغضب الحجاج وقال: أما كانت بيعة أمير المؤمنين في عنقك من قبل؟ ثم قال: أكفرت إذ خرجت عليَّ؟ فقال: ما كفرت منذ آمنت. فقال: اختر أي قتلة أقتلك. فقال: اختر أنت، فإن القصاص أمامك. فقال الحجاج: يا حرسي اضرب عنقه، وذلك في رمضان سنة خمس وتسعين بواسط، وقبره ظاهر يزار. ولما قتله خرج منه دم كثير حتى راع الحجاج، فدعا طبيبًا فسأله عن ذلك فقال: إنك قتلته ونفسه معه وقلبه حاضر. وقيل: إن الحجاج رؤي في المنام فقيل له: ما فعل الله بك؟ فقال: قتلي بكل رجل قتلته قتلة، وقتلني بسعيد بن جبير اثنين وسبعين قتلة، والله أعلمَ (١) . قال ابن جرير (٢) : فحُدِّثت عن أبي غسان مالك بن إسماعيل قال: سمعت خلف بن خليفة يذكر عن رجل قال: لما قتل الحجاج سعيد بن جبير فَنَدَر رأسه هلَّل ثلاثًا، مرة يفصح بها، وفي الثَّنتين يقول مثل ذلك لا يفصح بها. وذكر أبو بكرة الباهلي (٣) قال: سمعت أنس بن أبي شيخ يقول: لما أُتي الحجاج بسعيد بن جبير قال: لعن الله ابن النصرانية - يعني خالد القسري، وكان هو الذي أرسل به من مكة - أما كنت أعرف مكانه؟ بلى والله والبيت الذي هو فيه بمكة، ثم أقبل عليه فقال: يا سعيد ما أخرجك عليّ؟ فقال: أصلح الله الأمير، أنا امرؤ من المسلمين يخطئ مرة ويصيب أخرى، فطابت نفس الحجاج وانطلق (٤) وجهه، ورجا الحجاج أن يتخلص من أمره، ثم عاوده في شيء فقال سعيد؛ إنما كانت بيعة في عنقي؛ فغضب عند ذلك الحجاج فكان ما كان من قتله. وذكر عتاب بن بشر (٥) ، عن سالم الأفطس قال: أُتي الحجاج بسعيد بن جبير وهو يريد الركوب وقد وضع إحدى رجليه في الغرز، فقال: والله لا أركب حتى تتبوأ مقعدك من النار، اضربوا عنقه، فضربت عنقه. قال: والتبس الحجاج في عقله مكانه، فجعل يقول: قيودُنا قيودُنا، فظنوا أنه يريد القيود التي على سعيد، فقطعوا رجليه من أنصاف ساقيه وأخذوا القيود.
(١) من قوله: وقال الواقدي .. إلى هنا زيادة من أ، والخبر بنصه في وفيات الأعيان (٢/ ٣٧٣) وتاريخ الإسلام (حوادث سنة ٨١ - ١٠٠/ ص ٣٦٧ - ٣٦٨) وسير أعلام النبلاء (٤/ ٣٢٨) والوافي بالوفيات (١٥/ ٢٠٧). (٢) تاريخ الطبري (٦/ ٤٨٩). (٣) المصدر السابق. (٤) في الطبري (٦/ ٤٨٩): وتطلَّق. (٥) تاريخ الطبري (٦/ ٤٩٠).

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