La mise à mort de Saʿīd ibn Jubayr (1)
Ibn Jarīr (2) rapporte : « Au cours de cette année, al-Ḥajjāj ibn Yūsuf fit exécuter Saʿīd ibn Jubayr. La raison en est qu’al-Ḥajjāj l’avait chargé de gérer les dépenses de l’armée lorsqu’il l’envoya, avec Ibn al-Ashʿath, combattre Rutbīl, le roi des Turcs. Lorsque Ibn al-Ashʿath se révolta contre lui, Saʿīd ibn Jubayr prit fait et cause pour sa révolte. Quand al-Ḥajjāj triompha de Ibn al-Ashʿath et de ses partisans, Saʿīd ibn Jubayr s’enfuit à Iṣbahān. Al-Ḥajjāj écrivit alors à son gouverneur afin de le lui envoyer. En apprenant cela, Saʿīd s’échappa de la ville, puis il se rendit chaque année à la ʿumra et au ḥajj. Finalement, il se réfugia à La Mecque, où il resta jusqu’à ce que Khālid ibn ʿAbd Allāh al-Qasrī en devînt gouverneur. Certains conseillèrent alors à Saʿīd de s’enfuir de La Mecque.
Saʿīd répondit : « Par Dieu, j’ai trop honte devant Lui pour continuer à fuir. Où fuirais-je, alors qu’il n’y a pas d’échappatoire au destin de Dieu ? » Par la suite, ʿUthmān ibn Ḥayyān fut nommé gouverneur de Médine à la place de ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz. Il y fit enchaîner et envoyer en Irak tous ceux de Médine qui en étaient originaires, pour les livrer à al-Ḥajjāj. Khālid ibn ʿAbd Allāh al-Qasrī fit de même à La Mecque et désigna Saʿīd ibn Jubayr, ʿAṭāʾ ibn Abī Rabāḥ, Mujāhid ibn Jabr, ʿAmr ibn Dīnār et Ṭalq ibn Ḥabīb.
On raconte qu’al-Ḥajjāj adressa un message à al-Walīd pour l’informer que se trouvaient à La Mecque des hommes coupables de sédition. Al-Walīd ordonna alors à Khālid de les lui envoyer. Khālid gracia ʿAṭāʾ et ʿAmr ibn Dīnār parce qu’ils étaient originaires de La Mecque et envoya les trois autres. Ṭalq ibn Ḥabīb mourut en chemin avant son arrivée auprès de lui, et Mujāhid fut emprisonné, où il resta jusqu’au décès d’al-Ḥajjāj.
Quant à Saʿīd ibn Jubayr, lorsqu’il fut amené devant al-Ḥajjāj, ce dernier lui dit : « Ô Saʿīd, ne t’ai-je pas associé à mon autorité ? Ne t’ai-je pas nommé à un poste ? Ne t’ai-je pas accordé telle et telle chose ? » À chaque question, Saʿīd répondait : « Oui. » Ceux qui assistaient à la scène crurent qu’il allait le libérer. Soudain, al-Ḥajjāj lança : « Qu’est-ce qui t’a donc poussé à te soulever contre moi et à rompre ton serment d’allégeance envers le Commandeur des croyants ? » Saʿīd répondit : « Ibn al-Ashʿath m’a fait prêter serment et m’y a contraint. »
Alors, al-Ḥajjāj se mit dans une grande colère et se gonfla de rage jusqu’à laisser retomber un pan de son manteau de son épaule. Il poursuivit : « Malheur à toi ! N’ai-je pas pénétré dans La Mecque, n’y ai-je pas tué Ibn al-Zubayr et obligé ses habitants à me prêter allégeance, toi y compris, au Commandeur des croyants, ʿAbd al-Malik ? Puis tu es venu à al-Kūfa, alors que j’en étais gouverneur, et tu as renouvelé ton serment ? Voilà maintenant que tu romps deux fois ton allégeance au Commandeur des croyants pour tenir celle que tu as faite à un misérable tisserand, fils d’un tisserand ? Garde, tranche-lui la tête ! » Aussitôt, on le décapita, et sa tête tomba, coiffée d’un petit bonnet blanc.
Al-Wāqidī rapporte : « Lorsque Saʿīd ibn Jubayr fut amené devant al-Ḥajjāj, ce dernier dit : “Ô Shaqī ibn Kasīr, n’es-tu pas arrivé jadis à al-Kūfa… ?” »
(1) (3)
(2) Ibn Jarīr al-Ṭabarī.
(3) “Ibn Ḥajar” ou “les rapports de l’événement dans les sources anciennes.”