Zayd était la personne la plus attachée à moi et à ma mère. Je n’ai jamais rien su de lui qui puisse me porter préjudice, et s’il connaissait quelque chose qui me rapprochât d’Allah (qu’Il soit exalté), il m’enjoignait de le faire, et toute chose qui m’en éloignait, il me l’interdisait. Il ne m’appela jamais à l’ibadisme et ne m’y ordonna point. Il m’indiquait même où poser le khimar – elle plaça alors sa main sur son front (1). Il rapporta des propos de plusieurs Compagnons, et la majorité de ses transmissions provenaient d’Ibn ‘Umar et d’Ibn ‘Abbâs (2).
[Puis vint l’an quatre-vingt-quatorze] : cette année-là, al-‘Abbâs ibn al-Walîd mena une expédition contre le territoire byzantin, et l’on raconte qu’il conquit Antioche (3). Son frère ‘Abd al-‘Azîz ibn al-Walîd partit également en campagne et atteignit Ghazâlah (4). Al-Walîd ibn Hishâm al-Mu‘aytî parvint quant à lui à la région de Burj al-Hamâm, et Yazîd ibn Abî Kabshah gagna le territoire syrien. Cette même année, il y eut un violent tremblement de terre en Syrie (5).
[Au cours de cette année, Maslamah ibn ‘Abd al-Malik s’empara de Sandarah, dans les terres byzantines. Durant cette période, Allah accorda à l’Islam de grandes conquêtes sous le règne d’al-Walîd ibn ‘Abd al-Malik, par l’intermédiaire de ses fils, de ses proches et de ses émirs, au point que le jihâd redevint semblable à ce qu’il était du temps de ‘Umar ibn al-Khattâb (qu’Allah l’agrée)] (6).
La même année, al-Qâsim ibn Muhammad al-Thaqafî conquit les contrées de l’Inde (7), y amassant d’innombrables richesses. À propos de la campagne en Inde, un hadith a été rapporté par l’historien Ibn ‘Asâkir, entre autres.
(1) Ibn Saʿd rapporte dans ses ṭabaqāt (7/181) deux récits infirmant que Jābir fût un Ibāḍī. Les Ibāḍīs sont les partisans d’Abd Allāh ibn Ibāḍ, l’un des Banū Murrā ibn ʿUbayda, de la tribu des Banū Tamīm. Ils constituent une faction des Kharijites qui reconnaissaient l’imamat, puis ce groupe s’est scindé en plusieurs sous-groupes unis par la doctrine selon laquelle les mécréants de cette communauté sont exempts du polythéisme et de la foi, et qu’ils ne sont ni croyants ni associateurs, mais simplement mécréants. Ces groupes sont au nombre de quatre : les Ḥafṣiyya, les Ḥārithiyya, les Yazīdiyya et les Aṣḥāb al-Ṭāʿa (les « gens de l’obéissance »), dont la soumission est sans intention divine.
Pour une distinction entre ces groupes, voir al-Firaq bayna al-Firaq, p. 70 ; pour un approfondissement, consulter al-Milal wa al-Niḥal d’al-Shahrastānī (1/134-137). Le récit est également disponible dans Ḥilyat al-Awliyāʾ (3/106).
(2) La première biographie de Bilāl ibn Abī al-Dardāʾ… jusqu’ici, elle est manquante dans A. B.
(3) Le récit se trouve chez al-Ṭabarī (6/483), Ibn al-Athīr (4/578), et Tārīkh Khalīfa (306). L’éditeur de Tārīkh al-Islām (événements de 81-100/ p. 261) privilégie l’hypothèse qu’il s’agit d’Antalya (avec le « lām »), puisque cette dernière est une ville côtière, alors qu’Antioche fut conquise à l’époque de ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb ﷺ.
(4) Ibn al-Athīr précise dans al-Kāmil (4/578) : Ghazāla, près de Malatya.
(5) Le récit se trouve chez al-Ṭabarī (6/483).
(6) Entre parenthèses se trouve une addition dans une autre édition. Le récit est dans Tārīkh al-Islām (événements de 81-100/ p. 261).
(7) Le récit se trouve dans Tārīkh al-Ṭabarī (6/483), Ibn al-Athīr (4/585) ainsi que dans Tārīkh al-Islām (événements de 81-100/ p. 260). Al-Ṭabarī a commis une erreur en inversant le nom ; le nom correct est Muḥammad ibn al-Qāsim al-Thaqafī, suivi par les historiens postérieurs. Que Dieu sache le mieux. Muḥammad ibn al-Qāsim fut nommé par al-Ḥajjāj alors qu’il avait dix-sept ans.