Furwah ibn Mujāhid (1), dont on disait qu’il faisait partie des abdāl (2), fut capturé une fois lors d’une expédition, lui et un groupe qui l’accompagnait. On les mena devant le roi, qui ordonna qu’on les enchaînât et qu’on les enfermât sous bonne garde jusqu’au lendemain, afin de statuer sur leur sort. Alors Furwah leur dit : « Souhaitez-vous partir pour notre pays ? » Ils répondirent : « Ne vois-tu pas la contrainte dans laquelle nous nous trouvons ? » Furwah toucha alors leurs entraves de sa main, et elles tombèrent. Puis il se rendit à la porte de la prison, la toucha de sa main et elle s’ouvrit. Ils purent ainsi sortir et s’en allèrent, rejoignant l’armée musulmane avant même qu’elle n’atteigne la cité.
Abū al-Shaʿthāʾ Jābir ibn Zayd (3) avait pour habitude de ne jamais marchander sur trois choses : le prix du voyage vers La Mecque, l’achat d’un esclave pour l’affranchir et le sacrifice. Il disait : « Ne marchande pas pour quelque chose qui rapproche de Dieu. »
Ibn Sīrīn a dit : « Abū al-Shaʿthāʾ se montrait soumis à Dieu lorsqu’il s’agissait du dīnār et du dirham (4). » J’ajoute, comme l’a dit le poète :
« J’ai observé — n’en doutez pas — que la véritable abstinence concerne ce dirham.
Si tu es en mesure de le saisir et que tu y renonces,
Sache alors que ta piété est bien celle du musulman. »
Abū al-Shaʿthāʾ dit encore : « Faire l’aumône d’un seul dirham à un orphelin ou à un indigent m’est plus cher que d’accomplir un pèlerinage supplémentaire après celui qui est obligatoire. »
Abū al-Shaʿthāʾ comptait parmi ceux à qui la science fut accordée ; il énonçait des avis juridiques (fatwā) à Bassora. Les Compagnons, tels Jābir ibn ʿAbd Allāh, disaient à ceux qui venaient de Bassora pour les interroger : « Comment pouvez-vous nous demander tandis que vous avez parmi vous Abū al-Shaʿthāʾ ? (5) » Jābir ibn ʿAbd Allāh lui adressa ces mots : « Ô Ibn Zayd, tu fais partie des jurisconsultes de Bassora, et l’on te consultera. Ne dispense donc d’avis religieux qu’à partir d’un texte explicite du Coran ou d’une Sunna établie. Si tu agis autrement, tu périras et feras périr autrui. »
ʿAmr ibn Dīnār a dit : « Je n’ai vu personne plus compétent en matière de fatwā que Jābir ibn Zayd (6). » Et Iyās ibn Muʿāwiyah a affirmé : « J’ai fréquenté les gens de Bassora, et celui qui leur délivrait des avis juridiques était Jābir ibn Zayd, originaire dʿOman. » Lorsque Jābir ibn Zayd fut enterré, Qatāda déclara : « En ce jour, on a enseveli l’homme le plus savant de la terre. »
Sufyān ibn ʿUyaynah rapporte, d’après ʿAmr ibn Dīnār, qu’Abū al-Shaʿthāʾ a dit : « Al-Ḥakam ibn Ayyūb nomma un groupe d’hommes pour exercer la fonction de juge. »