Ad-Daḥḥāk et d’autres (exégètes) ont dit au sujet du verset : « Et le cœur de la mère de Moïse devint vide » qu’il était vidé de toute chose relevant de ce bas-monde, si ce n’est [la pensée de] Moïse. « Elle était sur le point de le dévoiler » signifie : divulger son affaire et s’enquérir de lui publiquement. « N’eût été que Nous eussions affermi son cœur », c’est-à-dire : Nous lui avons donné la patience et la fermeté, « afin qu’elle fût du nombre des croyants. »
Elle dit alors à sa fille — l’aînée de ses enfants : « Suis-le » c’est-à-dire : suis sa trace et renseigne-moi à son sujet. « Elle le guetta de loin », Moujâhid a dit : « de loin », et Qatâda a commenté : « Elle le regardait tout en feignant de ne pas le vouloir. » C’est pour cela que le verset poursuit : « sans qu’ils ne s’en aperçoivent », car lorsque Moïse (que la paix soit sur lui) s’installa dans la maison de Pharaon, ils voulurent le nourrir au sein, mais il refusa tout allaitement et toute nourriture. Ils furent alors déconcertés et firent tout leur possible pour le nourrir, en vain, comme l’indique la parole du Très-Haut : « Nous lui avions déjà interdit les nourrices auparavant. » Ils l’emmenèrent donc avec les matrones et les femmes au marché, espérant trouver quelqu’un dont il accepterait l’allaitement. Tandis qu’ils étaient debout avec lui, et que les gens l’entouraient, sa sœur le remarqua sans laisser paraître qu’elle le connaissait. Elle dit simplement : « Voulez-vous que je vous indique une famille qui pourrait se charger de lui pour vous, et qui lui voudrait du bien ? »
Ibn ‘Abbâs rapporta qu’après cette proposition, on lui demanda : « Sur quoi te bases-tu pour dire qu’ils lui apporteront affection et bienveillance ? » Elle répondit : « Par désir de se rapprocher de la famille du roi et dans l’espoir d’en tirer profit. » On la laissa alors faire, et ils partirent avec elle jusque chez eux. Sa mère le prit, et dès qu’elle l’allaita, il s’accrocha à son sein, se mit à le téter et s’en nourrir. Ceux qui l’avaient accompagné en furent comblés de joie. Le messager se hâta d’en informer Âsiya et la conduisit jusqu’à son domicile, où Âsiya proposa à la mère de Moïse de demeurer auprès d’elle et de la combler de bienfaits. Mais la mère de Moïse déclina en disant : « J’ai un époux et des enfants ; je ne peux rester, à moins que vous ne le laissiez partir avec moi. » Elle repartit donc avec Moïse, et l’on mit à sa disposition allocations, subsistance, vêtements et divers dons. Elle rentra chez elle en l’emmenant, tandis que Dieu avait réuni à nouveau l’enfant et sa mère.
Dieu – Exalté soit-Il – dit : « Ainsi Nous le rendîmes à sa mère, afin que son œil se réjouisse et qu’elle ne s’afflige point, et qu’elle sût que la promesse de Dieu est vérité. » C’est-à-dire : comme Nous lui avions promis de le lui rendre et de lui conférer la mission prophétique, voici qu’il lui revient déjà, signe véridique de la bonne nouvelle relative à sa future mission. « Mais la plupart d’entre eux ne savent pas. »
Par ailleurs, Dieu a rappelé Son bienfait à Moïse la nuit où Il lui adressa la parole, en disant : « Nous t’avons déjà accordé une faveur une autre fois, lorsque Nous révélâmes à ta mère ce qui devait être révélé : “Mets-le dans le coffret, puis jette-le dans le fleuve ; le fleuve le rejettera sur la rive, et un ennemi à Moi et à lui le prendra. Et J’ai répandu sur toi une affection de Ma part pour que tu sois élevé sous Mon regard”. » [Tâ-Hâ : 37-39] Qatâda et plusieurs pieux Anciens ont expliqué que cela signifiait : « On te nourrissait, on te choyait et tu étais élevé. »