Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il fut conduit avec, encore en lui, la pointe d’une flèche demeurée fichée dans sa blessure, si bien que, chaque fois qu’on la heurtait, il ne pouvait s’empêcher de crier. Al-Hajjaj ordonna donc qu’on le tourmentât précisément à l’endroit touché par cette flèche, et l’homme poussa des cris. Lorsque sa sœur, Hind bint al-Muhallab – qui était alors l’épouse d’al-Hajjaj –, entendit ces cris, elle pleura et se lamenta sur son sort. Al-Hajjaj la répudia aussitôt, puis jeta toute la famille en prison.

Par la suite, al-Hajjaj se déplaça vers certains lieux pour envoyer une armée contre les Kurdes et prit ses prisonniers avec lui. Il creusa une tranchée autour d’eux et posta des gardes pour les surveiller. Or, au cours d’une des nuits, Yazid ibn al-Muhallab fit préparer un abondant repas pour ces gardes, puis il se déguisa en l’un des cuisiniers, blanchit sa barbe et sortit. L’un des gardes, en le voyant, s’étonna : « Je n’ai jamais vu de démarche qui ressemble autant à celle de Yazid ibn al-Muhallab que celle de cet homme. » Il le suivit pour le reconnaître formellement, mais lorsqu’il aperçut sa barbe blanchie, il renonça et s’en retourna. Yazid fut alors rejoint par ses deux frères et tous trois embarquèrent sur des navires pour se diriger vers le Shâm (la Syrie).

Lorsque parvint à al-Hajjaj la nouvelle de leur fuite, il se troubla et pensa d’emblée qu’ils étaient partis pour le Khorassan. Il écrivit à Qutayba ibn Muslim pour l’avertir de leur arrivée, lui ordonnant de se préparer à les affronter et de les guetter en tout lieu. Il envoya également des lettres aux gouverneurs des frontières (thughour) et des provinces (kûr) pour leur enjoindre de les capturer. Il informa enfin le Commandeur des croyants de leur évasion, ajoutant qu’à ses yeux, ils ne pouvaient avoir fui qu’en direction du Khorassan. Al-Hajjaj redoutait que Yazid ne se soulève à son tour, comme l’avait fait auparavant ‘Abd al-Rahman ibn Muhammad ibn al-Ash‘ath, ralliant les gens à sa cause, ce qui confirmait chez lui la prédiction du moine.

De son côté, Yazid ibn al-Muhallab rejoignit les marais (al-bata’ih). Là, des cavaliers que son frère Marwan ibn al-Muhallab avait préparés pour ce jour précis vinrent à lui, et il s’en servit pour poursuivre sa route. Un guide de la tribu de Kalb, nommé ‘Abd al-Jabbar ibn Yazid, l’emmena par la voie d’al-Samawah. Deux jours plus tard, la nouvelle parvint à al-Hajjaj que Yazid avait pris la direction du Shâm ; al-Hajjaj en informa aussitôt al-Walid. Yazid arriva finalement en Jordanie et s’établit auprès de Wahib ibn ‘Abd al-Rahman al-Azdi, qui était en haute estime auprès de Sulaymân ibn ‘Abd al-Malik. Il alla trouver ce dernier et lui déclara : « Yazid ibn al-Muhallab et ses deux frères se trouvent chez moi. Ils sont venus te demander protection contre al-Hajjaj. » Sulaymân lui répondit : « Va les chercher et amène-les-moi ; ils sont en sécurité tant que je vivrai. » Il alla donc les prendre et les conduisit auprès de Sulaymân ibn ‘Abd al-Malik, qui les mit à l’abri et écrivit à son frère al-Walid : « J’ai accordé la sûreté aux fils d’al-Muhallab. Il ne reste plus qu’une dette envers al-Hajjaj de trois millions, que je détiens moi-même. »

Al-Walid répondit : « Non, par Dieu ! Je ne leur accorderai pas la sécurité tant que tu ne me les auras pas envoyés. » Sulaymân rétorqua : « Non, par Dieu ! Je ne les enverrai pas sans les accompagner moi-même. Je t’en conjure par Dieu, ô Commandeur des croyants, ne me couvre pas de honte et ne romps pas la parole que j’ai donnée pour eux. » Al-Walid répliqua : « Non, par Dieu ! Tu ne viendras pas avec lui. Envoie-le-moi enchaîné. » Alors Yazid dit : « Envoie-moi à lui. Je ne tiens pas à semer la discorde ou la guerre entre vous. Envoie-moi donc avec ton fils et écris-lui dans les termes les plus doux possible. » Sulaymân s’exécuta : il envoya Yazid accompagné de son fils Ayyoub, et il recommanda à ce dernier : « Quand vous entrerez dans le vestibule, mets-toi enchaîné avec Yazid et pénétrez ainsi ensemble auprès de lui. » Quand al-Walid vit son neveu enchaîné, il s’exclama : « Par Dieu ! Voilà que Sulaymân va bien loin ! »

Ayyoub remit la lettre de son père à son oncle et lui dit : « Ô Commandeur des croyants, que ma vie soit le prix de la tienne : ne trahis pas la protection offerte par mon père ; tu es le plus digne de la préserver. Ne brise pas l’espoir de tous ceux qui comptent trouver la sécurité sous notre égide, sachant le lien qui nous unit à toi, et ne ravalise pas celui qui demande la noblesse en se rattachant à nous, parce que notre puissance vient de toi. » Al-Walid lut ensuite la lettre de Sulaymân ibn ‘Abd al-Malik ; on y lisait : « Pour en venir au fait, ô Commandeur des croyants, par Dieu, je pensais que même si un ennemi qui t’aurait combattu et t’aurait fait face se réfugiait auprès de moi et que je lui accordais ma protection, tu ne tiendrais pas pour rien la sécurité que je lui aurais donnée et ne la romprais pas, d’autant que je ne l’ai protégé qu’avec l’intention de t’obéir et de te rendre un bon service. »

(1) Dans al-Ṭabarī (6/450) et Ibn al-Athīr (4/546), il est relaté que Yazīd est allé jusqu'à parvenir en Palestine.
ساقه أثر نشابة بقي نصلها فيه، وإنه متى أصابها شيء لا يملك نفسه أن يصرخ، فأمر الحجاج: أن ينال ذلك الموضع منه بعذاب، فصاح فلما سمعت أخته هند بنت المهلب - وكانت تحت الحجاج - صوته بكت وناحت عيه فطلقها الحجاج ثم أودعهم في السجن، ثم خرج الحجاج إلى بعض المحال لينفذ جيشًا إلى الأكراد واستصحبهم معه، فخندق حولهم ووكل بهم الحرس، فلما كان في بعض الليالي أمر يزيد بن المهلّب بطعام كثير فصنع للحرس، ثم تنكر في هيئة بعض الطباخين وجعل لحيته لحية بيضاء وخرج فرآه بعض الحرس فقال: ما رأيت مشية أشبه بمشية يزيد بن المهلب من هذا، ثم اتبعه يتحققه، فلما رأى بياض لحيته انصرف عنه، ثم لحقه أخواه فركبوا السفن [وساروا نحو الشام] فلما بلغ الحجاج هربهم انزعج لذلك وذهب وهمه أنهم ساروا إلى خراسان، فكتب إلى قتيبة بن مسلم يحذره قدومهم ويأمرهم بالاستعداد لهم، وأن يرصدهم في كل مكان، ويكتب إلى أمراء الثغور والكور بتحصيلهم وكتب إلى أمير المؤمنين يخبره بهربهم، وأنه لا يراهم هربوا إلا إلى خراسان، وخاف الحجاج من يزيد أن يصنع كما صنع - عبد الرحمن بن محمد - بن الأشعث من الخروج عليه وجمع الناس له، وتحقق عنده قول الراهب. وأما يزيد بن المهلب فإنه سلك على البطائح وجاءته خيول كان قد أعدها له أخوه مروان بن المهلّب لهذا اليوم، فركبها وسلك به دليل من بني كلب يقال له عبد الجبار بن يزيد، فأخذ بهم على السماوة، وجاء الخبر إلى الحجاج بعد يومين أن يزيد قد سلك نحو الشام، فكتب إلى الوليد يعلمه بذلك، وسار يزيد حتى نزل الأردن (١) على وهيب بن عبد الرحمن الأزدي - وكان كريمًا على سليمان بن عبد الملك - فسار إليه فقال له: إن يزيد بن المهلب وأخويه في منزلي، قد جاءوا مستعيذين بك من الحجاج، قال: فاذهب فائتني بهم فهم آمنون ما دمت حيًا، فجاءهم فذهب بهم حتى أدخلهم على سليمان بن عبد الملك، فأمنهم سليمان وكتب إلى أخيه الوليد: إن آل المهلب قد أمنتهم، وإنما بقي للحجاج عندهم ثلاثة آلاف ألف، وهي عندي. فكتب إليه الوليد: لا واللّه لا أؤمنه حتى تبعث به إليّ. فكتب إليه: لا واللّه لا أبعثه حتى أجيء معه، فأنشدك اللّه يا أمير المؤمنين أن تفضحني أو تخفرني في جواري. فكتب إليه: لا واللّه لا تجيء معه وابعث به إليّ في وثاق. فقال يزيد: ابعث بي إليه فما أحب أن أوقع بينك وبينه عداوة وحربًا، فابعثني إليه وابعث معي ابنك واكتب إليه بألطف عبارة تقدر عليها فبعثه وبعث معه ابنه أيوب، وقال لابنه: إذا دخلت في الدهليز فادخل مع يزيد في السلسلة، وادخلا عليه كذلك. فلما رأى الوليد ابن أخيه في سلسلة، قال: واللّه لقد بلغنا من سليمان. ودفع أيوب كتاب أبيه إلى عمّه وقال: يا أمير المؤمنين نفسي فداؤك لا تخفر ذمة أبي وأنت أحق من منعها، ولا تقطع منا رجاء من رجا السلامة في جوارنا لمكاننا منك، ولا تذل من رجا العز في الانقطاع إلينا لعزنا بك. ثم قرأ الوليد كتاب سليمان بن عبد الملك فإذا فيه: أما بعد يا أمير المؤمنين فواللّه إن كنت لأظن لو استجار بي عدو قد نابذك وجاهدك فأنزلته وأجرته أنك لا تذل جواري ولا تخفره، بل لم أُجر إلا سامعًا مطيعًا، حسن البلاء
(١) في الطبري (٦/ ٤٥٠) وابن الأثير (٤/ ٥٤٦) وسار يزيد حتى قدم فلسطين.

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