Puis débuta l’an quatre-vingt-dix après l’Hégire.
Cette année-là, Maslama ibn ʿAbd al-Malik et al-ʿAbbās ibn al-Walīd menèrent une expédition dans le pays des Romains. Ils prirent des forteresses, tuèrent un grand nombre de Romains, s’emparèrent de butin et firent de nombreux prisonniers.
Au cours de cette même année, les Romains capturèrent Khālid ibn Kaysān, responsable de la flotte, et l’emmenèrent devant leur roi, qui l’offrit ensuite en présent à al-Walīd ibn ʿAbd al-Malik.
Cette année-là encore, al-Walīd destitua son frère ʿAbd Allāh ibn ʿAbd al-Malik du gouvernement de l’Égypte et nomma Qurra ibn Sharīk à sa place.
La même année, Muḥammad ibn al-Qāsim tua le roi des Indes, Dāhir ibn Ṣaṣṣa(1), alors que Muḥammad ibn al-Qāsim commandait une armée au nom d’al-Ḥajjāj.
Cette année également, Qutayba ibn Muslim conquit la ville de Boukhara et vainquit tous les ennemis turcs qui s’y trouvaient. Il s’ensuivit des péripéties trop longues à développer ici, mais qu’Ibn Jarīr (2) a décrites en détail.
Par la suite, Ṭarakhūn, roi du Soghd, demanda à Qutayba, après la prise de Boukhara, de conclure un traité de paix en échange d’un tribut annuel. Qutayba y consentit et prit de lui un gage à ce sujet.
Cette même année, Nīzak, roi des Turcs, rompit le pacte qu’il avait conclu avec Qutayba. Il sollicita l’aide de tous les rois alentour, et de nombreux souverains, s’étant eux-mêmes engagés par le passé à honorer le traité avec Qutayba, se joignirent à lui. Ils formèrent alors un front commun contre Qutayba, convenant de se rassembler pour le combattre tous ensemble au printemps [et ils conclurent et s’accordèrent] de s’unir au cours du printemps de l’année suivante. Néanmoins, Qutayba infligea à cette coalition de très lourdes pertes [dont on n’avait jamais entendu l’équivalent], et fit crucifier deux longues rangées de prisonniers sur une distance de quatre farsakhs, disposés en enfilade, ce qui brisa définitivement leurs rangs (3).
Cette même année, Yazīd ibn al-Muhallab et ses deux frères, al-Mufaḍḍal et ʿAbd al-Malik, réussirent à s’évader de la prison d’al-Ḥajjāj et cherchèrent refuge auprès de Sulaymān ibn ʿAbd al-Malik, qui leur accorda la sécurité contre al-Ḥajjāj. En effet, avant cela, al-Ḥajjāj s’était déjà emparé de leurs biens et leur avait infligé de sévères châtiments, leur extorquant six millions. Parmi eux, Yazīd ibn al-Muhallab fut le plus endurant face au supplice, ne laissant percevoir aucun cri, quelle que fût la peine qu’on lui infligeait, ce qui le rendit particulièrement exécrable aux yeux d’al-Ḥajjāj.
C’est alors qu’on dit à al-Ḥajjāj : « Il y a… »