Ils savent que ce haut édifice n’appartient qu’aux œuvres des Pharaons et des Chosroès, et que celui qui nourrit de longs espoirs est avide de ce monde et souhaite y demeurer éternellement. À ce moment-là, ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azīz écrivit à al-Walīd, conformément à l’avis unanime des dix juristes déjà mentionnés. Al-Walīd lui envoya l’ordre de détruire (les constructions) et de bâtir la mosquée ainsi qu’il avait été indiqué, en élevant ses toits. ‘Umar ne trouva alors pas d’autre choix que d’entreprendre la démolition. Lorsqu’ils commencèrent à démolir, les notables et les dignitaires provenant des Banū Hāshim et d’autres, se lamentèrent et pleurèrent comme lors du jour où mourut le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) (1).
Ceux dont les domaines jouxtaient la mosquée acceptèrent de les vendre, si bien qu’il les acheta et se mit aussitôt à la construction : il retroussa ses manches et s’appliqua à la tâche. Il reçut des équipes nombreuses de la part d’al-Walīd et inclut la chambre prophétique [la chambre de ‘Aïsha – de sorte que la tombe entra dans la mosquée] (2). Elle en devint la limite du côté est, aux côtés des autres chambres des Mères des Croyants, et il en élargit l’enceinte comme al-Walīd l’avait ordonné. On rapporte que lorsque l’on creusa le mur oriental de la chambre de ‘Aïsha, un pied apparut : ils redoutèrent qu’il ne fût celui du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) avant de constater qu’il s’agissait de celui de ‘Umar (que Dieu l’agrée). On raconte que Sa‘īd ibn al-Musayyib désapprouva l’insertion de la chambre de ‘Aïsha dans la mosquée – craignant peut-être que la tombe ne devienne un lieu de prière – et Dieu est plus savant.
Ibn Jarīr (3) mentionne qu’al-Walīd écrivit au roi des Romains (Byzance) en lui demandant de dépêcher des artisans bâtisseurs. Celui-ci lui envoya cent artisans ainsi que de nombreuses pierres précieuses destinées à la mosquée prophétique, l’équivalent de la charge d’une cinquantaine de chameaux, et cent mille dinars (4). Cependant, l’opinion la plus répandue est que cela concernait plutôt la mosquée de Damas. Dieu sait mieux.
Al-Walīd écrivit également à ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azīz pour qu’il creusât la source nommée al-Fawwāra à Médine et y fît couler son eau ; il obtempéra. Il reçut l’ordre de creuser des puits et de faciliter [les routes] et les passages escarpés [il amena l’eau jusqu’à al-Fawwāra depuis l’extérieur de la ville ; al-Fawwāra fut édifiée à l’extérieur de la mosquée, à l’endroit qu’il avait repéré et qui lui plut] (5).
La même année, Qutayba ibn Muslim partit en expédition contre le roi des Turcs, Kurbughānūn (6), neveu du souverain de Chine, qui disposait de deux cent mille hommes [combattants issus de Soghd, Fergana et d’autres contrées]. Ils livrèrent un combat acharné, alors que Nīzak, roi des Turcs, se trouvait captif auprès de Qutayba. Ce dernier les mit en déroute, captura de nombreux biens [il en tua un grand nombre, prit des captifs et en fit des prisonniers].
Cette même année, ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azīz conduisit le pèlerinage entouré de nombreux dignitaires de Quraysh. Lorsqu’il parvint à at-Tan‘īm, un groupe vint à sa rencontre