Et leurs savants… Il avait ses états et ses comportements, ainsi que des récits rapportés. Il faisait partie des grands orateurs, ayant appris l’arabe auprès d’Abû al-Aswad ad-Du’ alî (1).
Shurayh ibn al-Hârith ibn Qays, le juge (2), vécut à l’époque antéislamique. ʿUmar le nomma juge à Kûfa, où il demeura en fonction pendant soixante-cinq ans. Il était un savant juste et bienfaisant, d’excellente moralité, doté d’un grand sens de l’humour. Il était imberbe, sans aucun poil au visage, tout comme ʿAbd Allâh ibn az-Zubayr, al-Ahnaf ibn Qays et Qays ibn Saʿd ibn ʿUbâda. Les avis divergent quant à son ascendance, son âge et l’année de son décès. Ibn Khallikân a privilégié l’opinion selon laquelle sa mort survint cette année-là. Dieu sait mieux.
[Puis vint l’année quatre-vingt-huit]
Cette année, Maslama ibn ʿAbd al-Malik et son neveu al-ʿAbbâs ibn al-Walîd ibn ʿAbd al-Malik lancèrent la campagne d’été. Avec les troupes musulmanes qui les accompagnaient, ils prirent la forteresse de Tuwâna (3) au mois de Jumâdâ de cette année. C’était une forteresse solide et imprenable. On y livra de violents combats. Les musulmans chargèrent les chrétiens et finirent par les vaincre, les repoussant jusqu’à l’église. Mais alors, les chrétiens en ressortirent et contre-attaquèrent, si bien que les musulmans prirent la fuite ; pas un ne resta à son poste, sauf al-ʿAbbâs ibn al-Walîd et Ibn Muḥayriz al-Jumaḥî. Alors, al-ʿAbbâs dit à Ibn Muḥayriz : « Où sont donc les lecteurs du Coran qui recherchent la Face de Dieu – Exalté soit-Il – ? » Il répondit : « Appelle-les, ils viendront. » Il s’écria donc : « Ô vous, les gens du Coran ! » Aussitôt, les musulmans firent demi-tour, reprirent l’assaut sur les chrétiens et les mirent en déroute, les contraignant à se retrancher dans la forteresse qu’ils assiégèrent jusqu’à ce qu’elle fût conquise.
Ibn Jarîr (4) mentionne qu’au mois de Rabîʿ al-Awwal de cette même année, une lettre du calife al-Walîd parvint à ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzîz, l’enjoignant de démolir la Mosquée du Prophète et d’annexer les appartements (ḥujar) des épouses du Messager de Dieu ﷺ, ainsi que d’agrandir la mosquée du côté de la qibla et de ses autres côtés, de sorte qu’elle mesure deux cents coudées sur deux cents coudées. « Que quiconque t’en vende la propriété, tu l’achètes ; sinon, tu l’estimes à sa juste valeur et tu lui remets le prix, puis tu la fais démolir. Tu as pour précédent la conduite exemplaire ʿUmar et ʿUthmân. » ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzîz rassembla alors les notables et les dix jurisconsultes ainsi que les habitants de Médine, puis leur lut la lettre du Commandeur des croyants, al-Walîd.
[Ils en furent affligés et déclarèrent : « Ces appartements sont bas de plafond, leurs toits en palmes tressées, leurs murs en briques crues, et leurs portes recouvertes de tissu rude. Il convient davantage de les laisser dans leur état, afin que les pèlerins, les visiteurs et les voyageurs puissent les contempler, voir les demeures du Prophète ﷺ et en tirer profit et méditation. Cela les poussera d’autant plus à se détourner des attraits de ce monde et à n’en construire que selon la stricte nécessité, c’est-à-dire se couvrir et s’abriter. »]