Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Cette année-là, Qutayba ibn Muslim entreprit une expédition contre les terres des Turcs. Leur roi, Nizak, conclut la paix avec lui en échange d’une forte somme d’argent et de la libération de tous les prisonniers musulmans se trouvant dans son royaume.

La même année, Qutayba se rendit à Baykand. De nombreux contingents de Turcs s’y rassemblèrent en masse (Baykand relevant de la juridiction de Boukhara). Lorsqu’il pénétra leur territoire, ils appelèrent à l’aide les habitants de Soghd et leurs alliés parmi les Turcs. Ces derniers vinrent en grand nombre pour bloquer les voies et les passages étroits à Qutayba. Les deux camps se firent face durant près de deux mois, sans que Qutayba puisse leur envoyer un messager ni en recevoir de leur part. De son côté, al-Hajjaj, sans nouvelles prolongées de Qutayba, craignait pour lui et pour les musulmans à cause de l’affluence des ennemis turcs. Il ordonna alors aux fidèles de prier pour eux dans les mosquées et écrivit en ce sens aux autres provinces.

Chaque jour, Qutayba et les musulmans combattirent les Turcs. Qutayba disposait d’un informateur d’origine perse nommé Tandhar. Les habitants de Boukhara lui versèrent une forte somme afin qu’il vienne démoraliser Qutayba. Tandhar se rendit donc auprès de Qutayba et lui dit en privé (Qutayba n’ayant gardé auprès de lui qu’un certain Darrar ibn Husayn) : « Tu recevras bientôt un gouverneur annoncé rapidement, qui te remplacera à la suite de la destitution d’al-Hajjaj. Mieux vaudrait rentrer à Marw avec tes hommes. » Qutayba ordonna alors à son affranchi, Siyah, de le mettre à mort : Tandhar fut exécuté.

Puis, Qutayba dit à Darrar : « Il ne reste que toi et moi qui ayons entendu ces propos. Je jure devant Dieu que si la nouvelle se répand avant la fin de notre guerre, je t’enverrai le rejoindre. Tiens ta langue, car ébruiter ces propos dans une telle situation affaiblirait les nôtres et servirait nos ennemis. » Qutayba s’élança alors et exhorta ses troupes au combat, il passa devant les porteurs d’étendards pour les encourager. La bataille fut féroce. Dieu accorda la patience aux musulmans, si bien qu’avant la moitié de la journée, Il leur accorda la victoire. Les Turcs s’enfuirent en débâcle, et les musulmans les poursuivirent, en tuant et en capturant autant qu’ils voulurent. Ceux qui restaient se réfugièrent dans la ville. Qutayba ordonna à ses ouvriers de la démanteler ; ses habitants demandèrent alors la paix contre une forte somme, et il conclut donc un accord avec eux. Il désigna un homme de sa famille à la tête de la cité, accompagné d’un détachement de l’armée, puis repartit.

(1) Après cinq étapes parcourues sur la route du retour, ils rompèrent le pacte, tuèrent le gouverneur et mutilèrent le nez de ses compagnons. Qutayba rebroussa chemin et les assiégea pendant un mois. Il ordonna aux ingénieurs et aux ouvriers de placer le rempart sur des poutres, avec l’intention d’y mettre le feu, mais le mur s’effondra et quarante ouvriers périrent. Les assiégés revinrent demander la paix, mais Qutayba refusa. Il persévéra jusqu’à la prise de la ville, fit exécuter ceux qui combattaient, s’empara de leurs biens, et parmi ceux qui avaient incité à lutter contre les musulmans se trouvait un individu borgne qui fut capturé.

Cet homme déclara : « Je rachèterai ma personne contre cinq pièces d’étoffe de Chine, d’une valeur d’un million (de dirhams). » Les chefs conseillèrent à Qutayba d’accepter, mais il répondit : « Non, par Dieu, je ne veux plus qu’un musulman soit de nouveau terrorisé par toi. » (2) Et il ordonna qu’on le mette à mort. [C’est là une preuve de détachement à l’égard de ce monde, d’autant plus que ce qu’il offrait pour se racheter ferait de toute façon partie du butin que les musulmans allaient recueillir.]

(3) Dans Baykand, les musulmans mirent la main sur une immense quantité de biens : vaisselle en or et en argent, idoles en or, et parmi elles se trouvait une statue fondue d’où l’on retira cent cinquante mille dinars d’or. Ils découvrirent également de nombreux trésors royaux, des armes en abondance, divers équipements et des pierres précieuses. [Ils saisirent également un grand nombre de captifs.] Qutayba écrivit alors à al-Hajjaj afin de lui faire rapport de cette victoire.

(1) Dans at-Tabarî (6/431) : « Lorsque le groupe avança d'une ou deux étapes, certains d'entre eux, se trouvant à cinq parasanges, dévièrent et renièrent. » (2) L'expression d'at-Tabarî : « Par Dieu, qu'aucun musulman ne soit jamais effrayé par toi. » (3) Entre deux crochets, une addition dans le manuscrit Ṭ ; sa place dans les manuscrits A et B : « Et les musulmans prirent le butin… », et l'expression du manuscrit Ṭ est la plus proche des sources.
وفيها غزا قتيبة بن مسلم بلاد الترك وصالحه ملكهم نيزك على مال جزيل، وعلى أن يطلق كل من ببلاده من أسارى المسلمين. وفيها غزا قتيبة بيكند فاجتمع له من الأتراك عندها بشر كثير وجم غفير [وهي من أعمال بخارى، فلما نزل بأرضهم استنجدوا عليه بأهل الصغد ومن حولهم من الأتراك، فأتوهم في جمع عظيم فأخذوا على قتيبة الطرق والمضايق، فتواقف هو وهم قريبًا من شهرين وهو لا يقدر أن يبعث إليهم رسولًا ولا يأتيه من جهتهم رسول، وأبطأ خبره على الحجّاج حتى خاف عليه وأشفق على من معه من المسلمين من كثرة الأعداء من الترك، فأمر الناس بالدعاء لهم في المساجد وكتب بذلك إلى الأمصار، وقد كان قتيبة ومن معه من المسلمين يقتتلون مع الترك في كل يوم، وكان لقتيبة عين من العجم يقال له تنذر، فأعطاه أهل بخارى مالًا جزيلًا على أن يأتي قتيبة فيخذله عنهم، فجاء إليه فقال له: أخلني فأخلاه فلم يبق عنده سوى رجل يقال له ضرار بن حصين، فقال له تنذر: هذا عامل يقدم عليك سريعًا بعزل الحجاج، فلو انصرفت بالناس إلى مرو، فقال قتيبة لمولاه سياه: اضرب عنقه؛ فقتلته، ثم قال لضرار: لم يبق أحد سمع هذا غيري وغيرك وإني أعطي اللّه عهدًا إن ظهر هذا حتى ينقضي حربنا لألحقنّك به، فأملك علينا لسانك، فإن انتشار هذا في مثل هذا الحال ضعف في أعضاد الناس ونصرة للأعداء، ثم نهض قتيبة فحرّض الناس على الحرب، ووقف على أصحاب الرايات يحرضهم، فاقتتل الناس قتالًا عظيمًا وأنزل اللّه على المسلمين الصبر فما انتصف النهار حتى أنزل اللّه عليهم النصر فهزمت الترك هزيمةً عظيمة، واتبعهم المسلمون يقتلون فيهم ويأسرون ما شاؤوا، واعتصم من بقي منهم بالمدينة، فأمر قتيبة الفَعَلة بهدمها فسألوه الصلح على مال عظيم فصالحهم، وجعل عليهم رجلًا من أهله وعنده طائفة من الجيش ثم سار راجعًا، فلما كان منهم على خمس مراحل (١) نقضوا العهد وقتلوا الأمير وجدعوا أنوف من كان معه، فرجع إليها وحاصرها شهرًا. وأمر النقابين والفعلة فعلقوا سورها على الخشب وهو يريد أن يضرم النار فيها، فسقط السور فقتل من الفعلة أربعين نفسًا، فسألوه الصلح فأبى، ولم يزل حتى فتحها فقتل مقاتلتهم، وغنم أموالهم، وكان الذي ألَّب على المسلمين رجل أعور منهم، فأُسر؛ فقال أنا أفتدي نفسي بخمسة أثواب صينية قيمتها ألف ألف، فأشار الأمراء على قتيبة بقبول ذلك منه، فقال قتيبة: لا واللّه لا أروع بك مسلمًا مرة ثانية (٢) ، وأمر به فضربت عنقه [وهذا من الزهد في الدنيا، ثم إن الغنائم سيدخل فيها ما أراد أن يفتدي به نفسه فإن المسلمين قد غنموا] (٣) من بيكند شيئًا كثيرًا من آنية الذهب والفضة والأصنام من الذهب، وكان من جملتها صنم سبك فخرج منه مئة ألف وخمسون ألف دينار من الذهب، ووجدوا في خزائن الملك أموالًا كثيرة وسلاحًا كثيرًا وعددًا متنوعة وجواهر نفيسة [وأخذوا من السبي شيئًا كثيرًا] فكتب قتيبة إلى الحجاج
(١) في الطبري (٦/ ٤٣١): فلما سار مرحلة أو اثنتين، وكان منهم على خمسة فراسخ نقضوا وكفروا. (٢) عبارة الطبري: لا واللّه، لا تروَّع بك مسلمة أبدًا. (٣) ما بين معكوفين زيادة من ط، ومكانها في أ، ب: وقد غنم المسلمون … وعبارة ط أقرب إلى المصادر.

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