« Protège-moi en cela (1). ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz l’épousa, alors qu’il était son cousin (2). Lorsqu’il fut à l’agonie, il entendit un blanchisseur qui lavait le linge. Il demanda : “Qu’est-ce que cela ?” Ils répondirent : “C’est un blanchisseur.” Il dit alors : “Ah, si seulement j’avais été un blanchisseur, gagnant mon pain au jour le jour, et que je n’eusse jamais assumé la fonction de calife.” Puis il récita :
« Par ma vie, j’ai longtemps vécu dans le pouvoir (3),
Et le monde s’est soumis à moi sous l’effet des sabres.
J’ai reçu l’abondance des richesses, le jugement et la raison ;
Tous les rois tyranniques m’ont rendu hommage.
Ce qui jadis me réjouissait
Est devenu semblable à un rêve disparu dans l’étendue du temps.
Ah, si seulement je ne m’étais pas occupé du pouvoir une seule nuit (4),
Et que je n’eusse pas poursuivi (5) les plaisirs d’une existence rayonnante. »
On raconte que Muʿâwiya ibn Abî Sufyân avait également récité ces vers au moment de sa mort (6). Abû Mas-hir transmit ceci : on demanda à ‘Abd al-Malik, alors qu’il était sur son lit de mort : “Comment te sens-tu ?” Il répondit : “Je me sens tel que Dieu — Exalté soit-Il — l’a dit : ﴿Vous voilà venus à Nous seuls, tout comme Nous vous avions créés la première fois, et vous avez laissé derrière vos dos tout ce que Nous vous avions accordé﴾ [al-An‘âm, 94].”
Sa‘îd ibn ‘Abd al-‘Azîz raconta : quand ‘Abd al-Malik fut sur le point de mourir, il ordonna qu’on ouvre les portes de son palais. Lorsqu’on les ouvrit, il entendit un foulon [au fond de la vallée] et demanda : “Qu’est-ce que cela ?” On lui répondit : “C’est un foulon.” Il déclara : “Ah, si seulement j’avais été un foulon [gagnant ma vie de mes mains] !” Lorsque Sa‘îd ibn al-Musayyib apprit cette parole, il dit : “Louange à Dieu qui fait qu’au moment de leur mort ils viennent à nous, alors que nous ne venons pas à eux.” Il ajouta : “Quand la mort vint à ‘Abd al-Malik, il se mit à déplorer son sort, se lamentant et se frappant la tête de la main, en disant : ‘J’aurais aimé subvenir à mes besoins jour après jour et me consacrer à l’obéissance à Dieu.’”
D’autres rapportent que, sur le point de mourir, il appela ses fils et les exhorta, puis dit : “Louange à Dieu, qui n’interroge aucun être de Sa création, qu’il soit petit ou grand.” Ensuite, il récita :
« Est-il un immortel parmi nous, quand nous disparaissons ?
La mort constitue-t-elle une honte, ô gens ? » (7)
On relate aussi qu’il dit : “Relevez-moi”, et ils le relevèrent jusqu’à ce qu’il sente l’air. Puis il déclara : “Ô monde, que tu es agréable ! Pourtant, ce qui est long en toi demeure court, et ce qui est abondant est bien maigre. Nous avons été abusés par toi.” Il récita alors ces deux vers. On dit que Muʿâwiya les prononça également dans les mêmes circonstances.”