Al-Aṣmaʿī a rapporté, d’après son père et son grand-père, que celui-ci a dit : Un jour, ʿAbd al-Malik prononça un sermon d’une grande éloquence puis l’interrompit, se mit à pleurer abondamment et déclara : « Ô mon Seigneur, mes péchés sont immenses, mais la moindre part de Ton pardon est plus grande qu’eux. Ô Dieu, efface par la petite part de Ton pardon l’énormité de mes péchés. » Il poursuivit : Lorsque cette parole parvint à al-Ḥasan, celui-ci pleura et dit : « Si l’on devait écrire des paroles en lettres d’or, ce seraient celles-ci (1). » Il est rapporté par plusieurs qu’ils en dirent autant, c’est-à-dire que, lorsque ces propos leur parvinrent, ils répétèrent ce qu’al-Ḥasan avait dit.
Abū Masʿhar ad-Dimašqī a dit : Un jour, ʿAbd al-Malik disposa un tapis de banquet devant lui et s’adressa à son chambellan : « Fais entrer Khālid ibn ʿAbd Allāh ibn Khālid ibn Asīd. » Il répondit : « Il est mort, ô Commandeur des Croyants. » ʿAbd al-Malik reprit : « Alors son père, ʿAbd Allāh ibn Khālid ibn Asīd. » — « Il est mort », fut-il répondu. « Alors Khālid ibn Yazīd ibn Muʿāwiya », poursuivit-il. — « Il est mort », fut la réponse. Il énuméra ainsi plusieurs personnes décédées, tout en le sachant. Il se mit alors à pleurer, ordonna de retirer le tapis de banquet et se mit à réciter :
« Ceux de ma génération ont disparu, leurs jours se sont éteints…
Et je suis demeuré après eux, sans pour autant être immortel (2). »
On raconte que, lorsqu’il fut à l’agonie, son fils al-Walīd entra auprès de lui et se mit à pleurer. ʿAbd al-Malik lui dit : « Qu’est-ce donc ? Te lamentes-tu comme une servante ou une esclave ? Quand je mourrai, sois fort, ceins-toi pour l’action, revêts la peau de panthère (en signe de courage), place chaque affaire sous la responsabilité de ceux qui lui sont égaux et prends garde à Qurayš. » Puis il lui dit : « Ô Walīd, crains Dieu dans l’affaire où je te désigne comme mon successeur, garde mon testament, veille à maintenir les liens avec mon frère Muʿāwiya, honore-le et sois pour lui ce que j’étais. Prends soin de mon frère Muḥammad : désigne-le gouverneur de la Jazīra et ne l’en démets pas. Prends garde également à notre cousin ʿAlī ibn ʿAbbās, car il nous a manifesté son affection et son sincère conseil, et il possède un lignage et un droit : respecte ses liens de parenté et reconnais son mérite. Songe aussi à al-Ḥajjāj ibn Yūsuf, honore-le, car c’est lui qui t’a ouvert le pays, vaincu les ennemis, assuré ta possession du pouvoir et dispersé les kharijites. Je t’interdis, à toi et à tes frères, de vous diviser : soyez comme les fils d’une même mère. Dans la guerre, soyez nobles, et pour le bien, soyez un phare. Car la guerre n’avance pas l’heure de la mort avant son terme. Sache que la bienveillance élève la renommée de celui qui la pratique, incline les cœurs à l’amour et dompte les langues par la louange.
Que Dieu récompense celui qui a dit :
« En vérité, quand les affaires sont soudées,
Si un impétueux plein de colère veut les briser, il reste sans force (3), (4)
Elles sont devenues trop solides pour se briser. Mais si elles se dispersent,
La rupture et la déchéance atteignent ce qui se disperse (5). »
Il ajouta ensuite : « Quand je mourrai, appelle les gens à te prêter allégeance. Si quelqu’un s’y refuse, alors use de l’épée. Sois bienfaisant envers tes sœurs : honore-les. Celle que j’aime le plus est Fāṭima – je lui ai déjà donné les deux perles de Māriya et le joyau qui n’a pas d’égal –. » Puis il conclut en disant : « Ô Dieu… »