«Certes, ceux qui s’égarent loin du chemin de Dieu auront un châtiment sévère pour avoir oublié le Jour du Jugement (26)» [Ṣād : 26]. «Ne pensent-ils point qu’ils seront ressuscités (4) en un Jour grandiose (5), le jour où les gens se dresseront devant le Seigneur des mondes (6)» [Al-Muṭaffifīn : 4-6]. «C’est un Jour où tous seront rassemblés, un Jour auquel on assistera (103). Nous ne le retardons que jusqu’à un terme fixé (104)» [Hūd : 103-104]. Sache que le jour où tu te trouves, s’il était demeuré entre les mains d’autrui, tu ne l’aurais pas reçu. «Voilà donc leurs demeures, désertes, pour avoir commis des injustices» [An-Naml : 52]. Je te mets en garde contre le Jour où le héraut s’écriera : «Rassemblez ceux qui ont commis l’injustice ainsi que leurs semblables» [Aṣ-Ṣāffāt : 22]. «Que la malédiction de Dieu soit sur les injustes» [Hūd : 18].
On raconte alors que le visage d’Abd Al-Malik se transforma et qu’il rentra dans l’appartement réservé à ses femmes, tandis que la tristesse demeura sur son visage plusieurs jours (1).
Zirr ibn Ḥubaysh lui adressa une lettre dont la conclusion disait : «Ô Commandeur des croyants, ne te laisse pas tromper par l’espérance d’une longue vie que pourrait te suggérer ta bonne santé actuelle : tu te connais mieux que quiconque. Souviens-toi de ce qu’ont dit les Anciens :
Si les hommes ont enfanté leurs enfants, puis que leurs corps se sont usés de vieillesse,
Et que les maladies sans cesse les assaillent,
Alors voilà des pousses dont la moisson est proche.»
Quand Abd Al-Malik en prit connaissance, il pleura au point d’en mouiller le bord de son vêtement, puis il dit : «Zirr a dit vrai, et s’il nous avait écrit autre chose, il eût été plus indulgent envers nous» (2).
Abd Al-Malik entendit un groupe de ses compagnons évoquer la conduite d’Omar ibn Al-Khaṭṭâb. Il leur interdit d’en parler, disant : «Ne mentionnez pas Omar, car cela est amer pour les émirs et corrompt les administrés.» Ibrahim ibn Hishâm ibn Yaḥyâ Al-Ghassânî (3) rapporte, d’après son père, lui-même d’après son grand-père : «Abd Al-Malik avait l’habitude de s’asseoir dans le cercle de Umm ad-Dardâ à l’arrière de la mosquée de Damas. Un jour, elle lui dit : “On m’a rapporté que tu avais bu du ṭilāʾ (4) après avoir été si pieux et assidu dans tes dévotions !” Il répondit : “Oui, par Dieu, j’ai même bu du sang (5).” Puis survint un serviteur qu’il avait envoyé en mission. S’étant attardé, Abd Al-Malik lui dit : “Pourquoi ce retard ? Que Dieu te maudisse !” Umm ad-Dardâ répliqua : “Ne fais pas cela, ô Commandeur des croyants, car j’ai entendu Abū ad-Dardâ dire : ‘J’ai entendu le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) dire : Ne rentrera pas au Paradis celui qui maudit (6).’”»
Abū Bakr ibn Abī ad-Dunyâ rapporte qu’al-Ḥusayn ibn ‘Abd ar-Raḥmân (7) déclara : «On informa Sa‘īd ibn al-Musayyib des propos d’Abd Al-Malik ibn Marwān, qui disait : “Je ne me réjouis plus de la bonne action que j’accomplis, ni ne m’attriste de la mauvaise action que je commets.” Et Sa‘īd de répondre : “C’est que son cœur est désormais totalement mort.”»