« Alors qu’il s’apprêtait à parler, ‘Abd al-Malik lui dit : “Prends garde, dans tes propos, à trois choses : ne me loue point, car je me connais mieux que tu ne me connais ; ne me mens pas, car le menteur est privé de toute perspicacité ; et ne me rapporte pas de griefs à l’encontre de quelqu’un [parmi mes administrés, car ils sont plus enclins à ma justice et à mon pardon qu’à mon injustice et à mon oppression]. (1) Si tu le souhaites, je t’en dispenserai.” L’homme répondit : “Dispense-m’en !” Il le dispensa donc.
Il en allait de même lorsque des émissaires venaient du lointain : ‘Abd al-Malik leur disait : “Dispense-moi de quatre choses puis dis ce que tu veux : ne me flatte pas, ne me réponde pas sur ce que je ne t’ai pas demandé, ne me mens pas et ne me monte pas contre mes administrés, car ils ont davantage besoin de ma clémence et de ma justice.” (2)
Al-Aṣma‘ī rapporte de son père qu’on amena devant ‘Abd al-Malik un homme qui avait rejoint un groupe s’étant soulevé contre lui. Il ordonna : “Qu’on lui tranche la tête !” L’homme s’écria : “Ô Commandeur des Croyants ! Ce n’est pourtant pas le traitement que je mérite de ta part.” ‘Abd al-Malik demanda : “Et en quoi le mériterais-tu ?” L’homme répondit : “Par Dieu, si j’ai rejoint untel, ce n’était que pour te servir, car je suis un homme de mauvais augure : jamais je ne me suis trouvé aux côtés de quiconque sans qu’il ne soit battu et défait. Tu as vu par toi-même la véracité de ce que j’affirme. J’ai été pour toi plus utile que cent mille hommes te soutenant. [Je m’étais joint à untel : il fut brisé et vaincu, sa troupe dispersée ; à untel : il fut tué ; à untel : il fut encore défait…]” Sur quoi ‘Abd al-Malik se mit à rire et le laissa partir. (3)
On demanda à ‘Abd al-Malik : “Quel est le meilleur des hommes ?” Il répondit : “Celui qui s’abaisse malgré sa haute position, se détourne de ce qu’il pourrait pourtant acquérir et renonce à tirer vengeance alors même qu’il en a la force.” (4)
Il dit encore : “Nulle quiétude avant d’avoir acquis l’expérience, car se fier à une tranquillité sans l’avoir éprouvée découle de l’imprudence.” (5)
Il ajouta : “Le meilleur argent est celui qui suscite les louanges et écarte les reproches. Que personne ne dise : ‘Commence par ceux dont tu as la charge’, car toutes les créatures sont les protégés de Dieu. Il convient toutefois d’interpréter ce propos sans contredire ce qui est établi par le hadith.”
Al-Mada’ïnī rapporte qu’‘Abd al-Malik dit au précepteur de ses enfants – Ismā‘īl ibn ‘Ubayd Allāh ibn Abī al-Muhājir : “Apprends-leur la véracité au même titre que le Coran. Tiens-les à l’écart des gens vils, car ce sont les pires en ce qui concerne l’aspiration au bien et les moins pourvus en bonnes manières. Éloigne-les aussi des domestiques, car ils corrompent leur éducation. Coupe-leur les cheveux afin que leur nuque se fortifie, nourris-les de viande pour qu’ils gagnent en vigueur, apprends-leur la poésie afin qu’ils y trouvent noblesse et bravoure. Ordonne-leur de se frotter les dents de côté, de boire l’eau à petites gorgées et non pas en l’avalant d’un trait. Et si tu dois les corriger, fais-le avec mesure et discrétion, là où personne parmi les gens de leur entourage ne puisse les voir, afin qu’ils ne perdent pas de leur estime.” (6)
Al-Haytham ibn ‘Adī rapporte qu’‘Abd al-Malik avait accordé une permission spéciale d’audience à qui voulait entrer. Un jour, un vieillard à l’allure misérable passa inaperçu devant la garde, jeta un parchemin devant ‘Abd al-Malik, puis s’éclipsa sans que nul ne sût où il était parti. On ouvrit le document, et il y était écrit : “Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux. Ô homme, Dieu t’a établi entre Lui et Ses serviteurs, alors juge parmi eux [en toute justice et ne suis point la passion de peur qu’elle ne t’égare].”