Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il prononça alors un sermon et dit : « Or donc, ceux qui m’ont précédé parmi les califes prélevaient sur le Trésor et se laissaient également prélever ; quant à moi – par Dieu ! – je ne soignerai pas les maux de cette communauté autrement que par l’épée. Je ne suis pas le calife impuissant (c’est-à-dire ‘Uthmân), ni le calife complaisant (c’est-à-dire Mu‘âwiya), ni le calife dépravé (c’est-à-dire Yazîd ibn Mu‘âwiya). Ô gens, nous vous tolérons dans vos écarts (1) tant que cela ne va pas jusqu’à dresser une bannière ou à vous précipiter vers la chaire : voici ‘Amr ibn Sa‘îd, son droit est son droit et sa parenté est sa parenté ; il a bougé la tête ainsi, et nous avons répondu par notre épée ainsi. Quant au carcan (al-jâmi‘a) qu’il a retiré de son cou, il est resté auprès de moi. J’ai fait à Dieu la promesse de ne le mettre à la tête de personne sans le lui ôter ensuite en lui arrachant le souffle. Que le présent transmette donc (ce message) à l’absent (2). »

Al-Aṣma‘î rapporte : « ʿAbbād ibn Salm ibn ʿUthmān ibn Ziâd (3) nous raconta, de la part de son père, qui le tenait de son grand-père : ‘Un jour, ʿAbd al-Malik ibn Marwân monta une jeune chamelle (bakar). Son guide se mit alors à déclamer :

“Ô toi, la chamelle que je vois, le sol est doux sous tes pas,
Malheur à toi, sais-tu qui t’a chevauchée ?
C’est le calife de Dieu qui t’a enfourchée.
Nul n’a comblé une chamelle de faveurs comme il l’a fait pour toi.”

Lorsque ʿAbd al-Malik l’entendit, il s’exclama : “Eh bien ! ô toi, j’ai ordonné qu’on te donne dix mille (pièces).”’ »

Al-Aṣmaʿî raconta également : « Un jour, ʿAbd al-Malik prononça un discours et buta contre ses mots. Il dit alors : “La langue est un morceau de l’homme ; il arrive que nous nous taisions parce que nous sommes bloqués, et que nous ne parlions pas pour ne pas proférer de futilités. Nous sommes les seigneurs du discours ; en nous, ses racines sont enracinées et vers nous se penchent ses rameaux. Après ce discours vient un autre endroit pour se tenir, après ce manque d’éloquence vient une autre parole, et après ce jour viennent d’autres jours, où l’on reconnaîtra où se situe la justesse du propos et la pertinence des mots.” »

Al-Aṣmaʿî dit encore : « On demanda un jour à ʿAbd al-Malik : “Comme tu as vite blanchi des cheveux !” Il répondit : “Comment ne pas blanchir alors que j’expose mon intelligence au peuple une fois ou deux chaque vendredi ?” D’après une autre version, on lui aurait dit : “Comme tu as vite blanchi des cheveux !” et il aurait répondu : “Ce qui m’a fait blanchir, c’est la fréquence avec laquelle je gravis la chaire et la crainte d’y commettre une faute de langue.” »

Un homme, dans la présence de ʿAbd al-Malik, commit une faute de grammaire en omettant une lettre alif. ʿAbd al-Malik lui dit : « Ajoute une alif. » L’homme lui répondit : « Et toi, ajoute-en une aussi (4). »

Al-Zuhrî déclara : « J’ai entendu ʿAbd al-Malik dire dans son sermon : “La science sera bientôt enlevée rapidement. Que celui qui possède un savoir le révèle, sans excès ni négligence.” »

Ibn Abî al-Dunyâ rapporte que, lorsque ʿAbd al-Malik était en voyage et qu’on laissait entrevoir devant lui un arbre, il disait à ceux qui l’accompagnaient : « Glorifiez (Dieu) avec nous ! » »

(1) À l'origine : al-ghurmah, et ce qui est attesté dans l’Histoire de Khalifa ; al-laghūbah : faiblesse, et al-laghūb : l'imbécile. (2) Le récit dans l’Histoire de Khalifa (p. 273) et dans l’Histoire de Damas (vol. 37, p. 135). (3) Dans l’Histoire de l’Islam (événements des années 81-100, p. 140) : ‘Abbād ibn Muslim ibn Ziyād, et le récit détaillé avec sa chaîne de transmission dans l’Histoire de Damas (vol. 37, p. 136). (4) Le récit ainsi que celui qui le précède dans l’Histoire de l’Islam (pp. 140-142) et dans l’Histoire de Damas (vol. 37, pp. 138-139).
فخطبنا فقال: أما بعد فإنه كان مَنْ قبلي من الخلفاء يأكلون من المال ويؤكلون، وإني واللّه لا أداوي أدواء هذه الأمة إلا بالسيف، ولست بالخليفة المستضعف - يعني عثمان - ولا الخليفة المداهن - يعني معاوية - ولا الخليفة المأبون - يعني يزيد بن معاوية - أيها الناس إنا نحتمل منكم على اللّغوبة (١) ما لم يكن عقد راية أو وُثوب على منبر: هذا عمرو بن سعيد حقه حقه، وقرابته قرابة، قال برأسه هكذا فقلنا بسيفنا هكذا، وإن الجامعة التي خلعها من عنقه عندي، وقد أعطيت الله عهدًا أن لا أضعها في رأس أحد إلا أخرجها الصعداء، فليبلغ الشاهد الغائب (٢) . وقال الأصمعي: حدّثنا عبّاد بن سلم بن عثمان بن زياد (٣) ، عن أبيه، عن جده. قال: ركب عبد الملك بن مروان بَكرًا فأنشأ قائده يقول: يا أيها البَكرُ الذي أراكا … عليكَ سهلُ الأرضِ في ممشاكا ويحكَ هلْ تعلمُ من علاكا … خليفةُ الله الذي امتطاكا لم يَحْبُ بَكْرًا مثلَ ما حباكا فلما سمعه عبد الملك قال: إيهًا يا هناه، قد أمرت لك بعشرة آلاف. وقال الأصمعي: خطب عبد الملك فحصر فقال: إن اللسان بضعة من الإنسان، وإنا نسكت حصرًا ولا ننطق هذرًا، ونحن أمراء الكلام، فينا رسخت عروقه، وعلينا تدلّت أغصانه، وبعد مقامنا هذا مقام وبعد عيِّنا هذا مقال، وبعد يومنا هذا أيام، يعرف فيها فصل الخطاب ومواضع الصواب. قال الأصمعي: قيل لعبد الملك أسرع إليك الشيب، فقال: وكيف لا وأنا أعرض عقلي على الناس في كل جمعة مرة أو مرتين؟ وقال غيره قيل لعبد الملك: أسرع إليك الشيب، فقال: شيبتني كثرة ارتقاء المنبر ومخافة اللحن؟. ولَحن رجلٌ عند عبد الملك - يعني أسقط من كلامه ألِفًا - فقال له: عبد الملك: زِدْ أَلِفًا، فقال له الرجل: وأنت فزدْ ألفًا (٤) . وقال الزهري: سمعت عبد الملك يقول في خطبته: إن العلم سيقبض قبضًا سريعًا، فمن كان عنده علم فليظهره غير غالٍ فيه ولا جاف عنه. وروى ابن أبي الدنيا أن عبد الملك كان يقول لمن يسايره في سفره إذا رفعت له شجرة: سبِّحوا بنا
(١) في الأصل: الغرمة، وأثبت ما ورد في تاريخ خليفة؛ واللّغوبة: الضعف، واللّغوب: الأحمق. (٢) الخبر في تاريخ خليفة (ص ٢٧٣) وتاريخ دمشق (٣٧/ ١٣٥). (٣) في تاريخ الإسلام (حوادث سنة ٨١ - ١٠٠/ ص ١٤٠): عباد بن مسلم بن زياد، والخبر بسنده ومتنه في تاريخ دمشق (٣٧/ ١٣٦). (٤) الخبر والذي قبله في تاريخ الإسلام (ص ١٤٠ - ١٤٢) وتاريخ دمشق (٣٧/ ١٣٨ - ١٣٩).

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