Al-Aʿmach a rapporté, d’après Abû al-Zinâd : « Les savants-juristes (fuqahâ’) de Médine étaient au nombre de quatre : Saʿîd ibn al-Musayyab, ʿUrwa, Qabîsa ibn Dhu’ayb et ʿAbd al-Malik ibn Marwân, avant qu’il n’entre dans l’émirat. »
D’après Ibn ʿUmar, il aurait dit : « Les gens ont engendré des fils, mais Marwân a engendré un père (faisant référence à ʿAbd al-Malik). » Un jour, alors qu’il voyait les divergences au sein des gens, il dit : « Si seulement ce jeune homme était celui autour duquel les gens s’unissent ! »
On rapporte de ʿAbd al-Malik qu’il a déclaré : « Je fréquentais Burayda ibn al-Ḥuṣayb, et il me dit un jour : “Ô ʿAbd al-Malik, tu possèdes certaines qualités, et tu es digne de gouverner cette communauté. Prends garde au sang, car j’ai entendu le Messager de Dieu (ﷺ) dire :
“En vérité, il arrive qu’un homme soit repoussé de la porte du Paradis après avoir pu l’apercevoir, pour une quantité de sang — aussi infime soit-elle — qu’il aura versée d’un musulman sans droit.” (1)” »
Muʿâwiya et ʿAmr ibn al-ʿÂs firent son éloge avant son accession au pouvoir, dans un long récit. Saʿîd ibn Dâwûd al-Zubayrî a dit, d’après Mâlik, d’après Yaḥyâ ibn Saʿîd : « Le premier qui pria entre Ḍuhr et ʿAṣr fut ʿAbd al-Malik ibn Marwân, accompagné de jeunes gens. » Saʿîd ibn al-Musayyab déclara alors : « L’adoration ne consiste pas en de nombreuses prières et jeûnes, mais en la réflexion sur l’Ordre de Dieu et la crainte scrupuleuse de ce qu’Il a interdit. » (2)
Al-Shaʿbî a dit : « Je n’ai côtoyé personne sans m’y sentir supérieur, excepté ʿAbd al-Malik ibn Marwân. Car lorsque nous nous remémorions un ḥadîth, il m’en apprenait davantage, et lorsque nous évoquions de la poésie, il m’en enseignait plus encore. »
Khalîfa ibn Khayyâṭ (3) relate que Muʿâwiya écrivit à Marwân, alors gouverneur de Médine en l’an 50 (de l’Hégire), en ces termes : « Envoie ton fils ʿAbd al-Malik avec l’expédition de Médine vers les contrées du Maghreb, aux côtés de Muʿâwiya ibn Ḥudayj. » Il mentionne alors de nombreux témoignages sur les compétences, les mérites et les efforts de ʿAbd al-Malik dans ces régions.
ʿAbd al-Malik demeura à Médine jusqu’à la bataille de al-Ḥarrah. Ibn al-Zubayr s’empara alors du Ḥijâz et chassa les Banû Umayya de ce territoire, si bien qu’il gagna la Syrie en compagnie de son père. Lorsque l’émirat échut à ce dernier et que les gens de Syrie lui prêtèrent allégeance, après la mise à mort de al-Ḍaḥḥâk ibn Qays, ʿAbd al-Malik demeura auprès de son père durant tout son règne, qui dura neuf mois. Son père ne mourut qu’après lui avoir confié l’émirat, lequel devait revenir ensuite à ʿAbd al-ʿAzîz.
C’est ainsi que ʿAbd al-Malik exerça pleinement la fonction califale au début de Ramaḍân ou de Rabîʿ al-Awwal de l’an 65 (de l’Hégire). Les gens se rallièrent à lui après la mort d’Ibn al-Zubayr, en l’an 73 (de l’Hégire) au mois de Jumâdâ al-Ulâ, jusqu’à cette même date.
Thaʿlab a rapporté de la part d’Ibn al-Aʿrâbî : « Lorsque l’on adressa à ʿAbd al-Malik le salut réservé au calife, il tenait un muṣḥaf sur ses genoux. Il le referma et déclara : “C’est ici la séparation entre toi et moi.” » (4)