Il leur confia, après lui, la succession qu’il avait établie en leur faveur. Al-Ḥajjāj avait déjà dépêché auprès de ʿAbd al-Malik pour l’inciter à désigner al-Walīd comme successeur, et lui avait envoyé à cet effet une délégation conduite par ʿImrān ibn ʿAṣṣām al-ʿAnazī(1). Lorsqu’ils arrivèrent, ʿImrān prit la parole et prononça un discours, et la délégation s’exprima également en encourageant ʿAbd al-Malik à prendre cette mesure. À cette occasion, ʿImrān ibn ʿAṣṣām récita :
« Ô commandeur des croyants, c’est vers toi que nous adressons, malgré la distance, notre salut et notre paix.
Réponds-moi au sujet de tes fils, afin que ma réponse leur serve de protection, et qu’elle nous assure la stabilité.
Si seulement on écoutait (ton désir) au sujet d’al-Walīd, tu lui accorderais alors le califat et la sauvegarde.
Autour de son pavillon se tient une Qurayš qui te ressemble : par son intermédiaire, la pluie est implorée.
Personne, aussi pieux que toi, n’a jamais dévié, depuis qu’il a renoncé aux colliers et aux parures.
Si tu préfères ton frère, par Dieu, nous ne t’en accuserons point.
Cependant, nous redoutons ses fils, issus de diverses mères, craignant qu’ils ne lèguent quelque venin.
Nous craignons qu’en faisant de leur lignée le pouvoir — comme un nuage — celui-ci ne se change pour eux en nuée desséchée.
Ne permets pas qu’un jour tu trait un bien pour des gens, puis que le lendemain, tes fils en soient dépossédés.
Je jure que si ʿIṣām me manquait en cela, je ne l’en excuserais pas.
Si jamais je gratifiais un frère d’un avantage pour obtenir l’éloge et le rang,
Il en ferait hériter ses enfants aux dépens des miens, ou s’en servirait pour atteindre son objectif.
Car si l’on trouve en sa parenté des cassures, la faille au sein du pouvoir se refermera plus lentement encore. »
Il est rapporté : Ce discours incita donc ʿAbd al-Malik à écrire à son frère pour le faire renoncer au califat en faveur d’al-Walīd, mais celui-ci refusa. Toutefois, Dieu (qu’Il soit exalté) voulut quʾAbd al-ʿAzīz meure un an avant ʿAbd al-Malik. Ainsi, il put mettre en œuvre ce qu’il désirait : faire prêter allégeance à al-Walīd puis à Sulaymān. Et Dieu est plus savant.
[Le serment d’allégeance de ʿAbd al-Malik en faveur de son fils al-Walīd, puis de son fils Sulaymān ibn ʿAbd al-Malik]
Cela se produisit cette année-là, après la mort dʾAbd al-ʿAzīz ibn Marwān. On prêta serment d’allégeance à al-Walīd à Damas, puis dans l’ensemble des provinces, et après lui à Sulaymān. Lorsque la nouvelle de ce serment parvint à Médine, Saʿīd ibn al-Musayyib refusa de prêter allégeance tant quʾAbd al-Malik était encore en vie.