Nous allons combattre ces hommes. Puis le roi de Termez se rendit auprès d’un autre groupe de Turcs pour leur demander de l’aide. Ils dépêchèrent alors des envoyés auprès de Moussa afin d’entendre ses propos. Lorsque Moussa sut qu’ils approchaient – en pleine canicule –, il ordonna à ses compagnons d’allumer un feu, de revêtir des habits d’hiver et de tendre leurs mains vers les flammes comme pour se réchauffer.
Lorsque les émissaires arrivèrent, ils virent ce que faisaient ses hommes par une chaleur accablante et leur dirent : « Que signifie donc ce que nous vous voyons faire ?» Ils leur répondirent : « Nous ressentons le froid en été et l’oppression en hiver. » Ils se consultèrent alors en disant : « Ceux-là ne sont pas des êtres humains, ce ne sont rien d’autre que des djinns. » Ils en informèrent leur roi, ajoutant : « Nous n’avons aucune force pour combattre de tels hommes. »
Le seigneur de Termez se rendit ensuite auprès d’un autre groupe pour lever une nouvelle troupe ; ils vinrent assiéger Moussa à Termez, et al-Khouza‘î (1) vint également et l’assiégea. Moussa combattait d’abord al-Khouza‘î au début du jour et affrontait ensuite les Persans à sa suite. Puis, durant la nuit, il les attaqua à l’improviste et infligea de lourdes pertes. Cela effraya ‘Amr al-Khouza‘î (2) qui conclut la paix avec Moussa et se rangea à ses côtés. Un jour, ‘Amr entra auprès de lui ; personne n’était présent et il ne voyait aucune arme près de Moussa. Il lui dit, par souci de conseil : « Qu’Allah améliore la condition de l’émir ! Un homme tel que vous ne devrait pas être sans arme. » Alors Moussa répondit : « J’ai bien une arme. » Il souleva la couverture de sa couche et en retira son épée déjà tirée du fourreau. ‘Amr s’en empara et le frappa jusqu’à ce qu’il meure, avant de prendre la fuite. Les compagnons d’al-Khouza‘î se dispersèrent ensuite, et certains vinrent demander la protection (3) de Moussa ibn ‘Abdallah ibn Khâzim.
Ibn Jarîr (4) rapporte que, durant cette même année, ‘Abd al-Malik projeta de destituer son frère ‘Abd al-‘Azîz ibn Marwân du gouvernement d’Égypte, encouragé en cela par Rawh ibn Zunbâ‘ al-Judhâmî. Alors qu’ils en étaient à ce stade, Qubaysa ibn Dhu’ayb entra auprès d’eux au beau milieu de la nuit – il n’était jamais empêché d’audience, quelle que fût l’heure. Il présenta ses condoléances à ‘Abd al-Malik pour la perte de son frère ‘Abd al-‘Azîz, si bien que le calife regretta la résolution qu’il avait prise de le démettre. Ce qui l’avait poussé à cette idée, c’est qu’il souhaitait établir sa succession au profit de ses fils : al-Walîd, puis Sulaymân, puis Yazîd, puis Hishâm, selon le conseil d’al-Hajjâj qui le lui avait vivement recommandé. Le père de ‘Abd al-Malik, Marwân, avait pourtant confié le califat d’abord à ‘Abd al-Malik, puis à ‘Abd al-‘Azîz. Mais ‘Abd al-Malik voulut écarter totalement son frère de la succession (5), afin de maintenir le pouvoir exclusivement dans sa propre descendance. Et Dieu est plus savant.