Rouḥ ibn Zunbāʿ al-Judhāmī (1), [il fut l’un des émirs de Syrie et ʿAbd al-Malik le consultait dans ses affaires].
Cette même année, ce fut la perte dʿAbd al-Raḥmān ibn al-Ashʿath al-Kindī [certains disent que cela se produisit l’année suivante ; Dieu est plus savant] (2). La cause en fut que al-Ḥajjāj écrivit à Rutabīl, roi des Turcs chez qui s’était réfugié Ibn al-Ashʿath, en disant : « Par Dieu, Il n’est de dieu que Lui, si tu ne m’envoies pas Ibn al-Ashʿath, j’enverrai un million de combattants dans tes territoires et je les dévasterai. » Quand il fut convaincu que la menace de al-Ḥajjāj était sérieuse, il consulta certains émirs, qui lui conseillèrent de livrer Ibn al-Ashʿath avant que al-Ḥajjāj ne détruise ses contrées et ne s’empare de la plupart de ses villes. Il envoya donc un message à al-Ḥajjāj pour poser ses conditions : qu’on ne s’attaque pas à lui pendant dix ans et qu’il n’ait à verser que cent mille (pièces) de tribut par an. Al-Ḥajjāj accepta [et on raconte aussi qu’al-Ḥajjāj lui promit de lui accorder les revenus de ses terres pour sept ans] (2).
C’est alors que Rutabīl trahit Ibn al-Ashʿath : on dit qu’il ordonna de le mettre à mort en présence de tous, puis envoya sa tête à al-Ḥajjāj. D’autres prétendent qu’Ibn al-Ashʿath tomba d’un lieu élevé et que sa tête fut ensuite envoyée à al-Ḥajjāj ; selon une autre version encore, il tomba gravement malade et al-Ḥajjāj le fit tuer alors qu’il était à l’agonie (3). La version la plus connue rapporte qu’il fut arrêté avec une trentaine de ses proches, enchaîné, puis confié à des envoyés de al-Ḥajjāj. En route, dans un lieu appelé ar-Ruḫḫaj (4), Ibn al-Ashʿath, qui était alors ligoté, monta avec l’un de ses gardiens sur le toit d’un palais pour tenter de s’enfuir ; il se jeta dans le vide, et celui qui le surveillait tomba avec lui ; ils trouvèrent tous deux la mort. Alors l’émissaire se saisit de la tête d’Ibn al-Ashʿath, le décapita, tua ses compagnons et envoya leurs têtes à al-Ḥajjāj. Ce dernier fit promener la tête d’Ibn al-Ashʿath en Irak, puis l’envoya au commandeur des croyants ʿAbd al-Malik, qui la fit exhiber en Syrie, avant de la transmettre à son frère ʿAbd al-ʿAzīz ibn Marwān, alors en Égypte ; on y promena encore la tête, puis on l’enterra là, tandis que son corps resta à ar-Ruḫḫaj.
À ce propos, un poète dit :
« Comme il est loin, le lieu où gît un corps dont la tête est en Égypte, tandis que la dépouille repose à ar-Ruḫḫaj ! »
Ibn Jarīr date la mort d’Ibn al-Ashʿath de l’an quatre-vingt-cinq [de l’hégire], Dieu sait mieux ce qu’il en est.
Ce ʿAbd al-Raḥmān est le fils de Muḥammad ibn al-Ashʿath ibn Qays. Certains disent qu’il s’agit de ʿAbd al-Raḥmān ibn Qays ibn Muḥammad ibn al-Ashʿath ibn Qays al-Kindī al-Kūfī. Abū Dāwūd et an-Nassāʾī (5) rapportent de lui, par l’intermédiaire de son père et de son grand-père.