‘Imrân ibn Hittân (1), le kharijite, faisait d’abord partie des gens de la Sunna et du Consensus. Il épousa une femme issue des kharijites, d’une grande beauté, et s’éprit d’elle. Or, lui-même était d’apparence peu avenante (2). Il voulut la ramener à la voie de la Sunna, mais elle refusa et il en vint à apostasier avec elle, rejoignant ainsi son madhhab. Il comptait parmi les poètes accomplis (3), et c’est lui qui composa ces vers à propos du meurtre de ‘Alî et de son meurtrier :
« Ô coup porté par un homme pieux ! Il ne recherchait rien d’autre
Que l’agrément du Maître du Trône.
Chaque fois que je me le rappelle, je le considère
Comme le plus accompli auprès de Dieu parmi les créatures.
Qu’il est noble, ce peuple dont les oiseaux ont fait leurs ventres pour tombes !
Eux qui n’ont point entaché leur religion de tyrannie ni d’injustice. »
On rapporte que Sufyân al-Thawrî aimait à réciter ces autres vers de lui pour exprimer son détachement vis-à-vis de ce bas monde :
« Je vois les plus misérables des hommes ne pas se lasser de ce monde,
Alors même qu’ils y sont nus et affamés.
Je le vois, et quand bien même ils lui portent amour,
Il n’est rien de plus qu’un nuage d’été qui bientôt se dissipera ;
Tels des voyageurs partis une fois leurs besoins accomplis,
Empruntant un chemin dégagé, aux signes visibles et bien tracés. »
‘Imrân ibn Hittân mourut en l’an 84 de l’Hégire. Certains savants (6) ont répondu à ses vers évoquant le meurtre de ‘Alî — qu’Allah l’agrée — par d’autres vers, sur la même rime et la même métrique :
« Non, ce fut le coup d’un homme funeste qui ne voulait, par ce geste,
Qu’atteindre, auprès du Maître du Trône, la perte et la disgrâce.
Chaque fois que j’y songe, je le tiens
Pour le plus malheureux des hommes au regard de Dieu. » (7)