«Te joues-tu de moi ? Je suis le plus infidèle des habitants de la terre, plus infidèle que Pharaon, Hâmân et Nemrod.»
Alors il dit : «À ces mots, Al-Hajjaj se mit à rire et le laissa repartir.» (1)
Ibn Jarîr (2) rapporta, selon la chaîne de transmission d’Abû Mikhnaf, que l’on amena Aʿshâ Hamdân devant Al-Hajjaj. Cet homme avait composé un poème satirique contre Al-Hajjaj et ʿAbd Al-Malik ibn Marwân tout en faisant l’éloge d’Ibn Al-Ashʿath et de ses compagnons. Al-Hajjaj lui demanda de réciter son poème, alors il lui récita une longue qaṣîda en « d », (3) contenant de nombreux compliments à l’égard d’ʿAbd Al-Malik et de sa famille. Les Syriens s’exclamèrent : «Il a bien fait, ô émir !» Mais Al-Hajjaj rétorqua : «Non, il n’a pas bien fait, il ne dit cela que par flatterie.» Puis il insista tant et si bien qu’Aʿshâ Hamdân dut réciter l’autre poème (4). Une fois qu’il l’eut récité, la colère d’Al-Hajjaj s’enflamma et il ordonna qu’on le décapitât sur place. Le nom de ce poète, surnommé l’Aʿshâ, était ʿAbd Ar-Raḥmân ibn Al-Ḥârith Abû Al-Muṣabbaḥ Al-Hamdânî Al-Kûfî. C’était l’un des orateurs et poètes éloquents les plus renommés. Il avait d’abord pratiqué la vertu et l’adoration, puis il s’en était détourné pour se consacrer à la poésie, par laquelle il se fit connaître. Il se rendit auprès d’An-Nuʿmân ibn Bashîr lorsqu’il gouvernait Homs et le loua ; il en tira, de la part d’An-Nuʿmân et des soldats de Homs, quarante mille dinars. Il était l’époux de la sœur de Shaʿbî, et Shaʿbî était aussi l’époux de sa sœur (5). Il prit part au soulèvement d’Ibn Al-Ashʿath, et c’est ainsi qu’Al-Hajjaj le fit exécuter, comme nous l’avons mentionné – qu'Allah lui fasse miséricorde –.
Alors qu’il se tenait face à Ibn Al-Ashʿath, Al-Hajjaj envoya un détachement pour surprendre l’armée d’Ibn Al-Ashʿath par derrière. Puis Al-Hajjaj et Ibn Al-Ashʿath engagèrent la confrontation, si bien qu’Al-Hajjaj s’enfuit avec ses hommes, abandonnant son camp. Ibn Al-Ashʿath arriva, s’empara du camp et y passa la nuit. À la faveur de la nuit, le détachement envoyé par Al-Hajjaj, voyant les hommes d’Ibn Al-Ashʿath désarmés, se jeta sur eux d’un seul élan. Al-Hajjaj revint alors avec ses troupes et les cerna, et s’ensuivit un très rude combat. Un grand nombre de partisans d’Ibn Al-Ashʿath furent tués, tandis que beaucoup d’autres périrent noyés dans le Tigre et le Djayl. Al-Hajjaj regagna leur camp et tua ceux qu’il y trouva, environ quatre mille hommes, parmi lesquels se trouvaient nombre de chefs et de notables, puis il s’empara de l’intégralité du camp.