Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Celui-là est en sécurité, et quiconque rejoint Qoutayba ibn Muslim à Ray est en sécurité. Un grand nombre de ceux qui accompagnaient Ibn al-Ach‘ath se rendirent auprès de lui, et Al-Hajjaj leur accorda la sécurité. Quant à ceux qui ne se joignirent pas à lui, il entreprit de les poursuivre et en tua un grand nombre, jusqu’à ce qu’il finisse par tuer Sa‘id ibn Joubayr, comme il sera détaillé plus loin – et c’est Dieu dont on implore le secours.

Al-Cha‘bi faisait partie de ceux qui allèrent rejoindre Qoutayba ibn Muslim. Un jour, Al-Hajjaj mentionna son nom, et on lui dit : « Il est parti rejoindre Qoutayba ibn Muslim. » Alors il lui écrivit : « Envoie-moi Al-Cha‘bi. »

Al-Cha‘bi raconta : « Lorsque j’entrai auprès de lui, je le saluai en l’appelant “émir” puis je dis : “Ô émir, les gens m’ont ordonné de m’excuser auprès de toi par autre chose que ce qu’Allah sait être la vérité. Par Dieu, je ne dirai dans ce lieu que la vérité, qu’il advienne ce qu’il advienne. Oui, par Dieu, nous nous sommes révoltés contre toi, nous sommes sortis (en rébellion), et nous avons tout mis en œuvre, nous n’avons rien épargné. Nous n’étions pas de ceux qui sont des forts pervers, ni de ceux qui sont des pieux irréprochables. Dieu t’a accordé la victoire sur nous et t’a permis de nous vaincre. Si tu sévis contre nous, c’est en raison de nos péchés et de ce que nos mains ont commis envers toi ; et si tu nous fais grâce, c’est par ta clémence. Après cela, sache que tu as la preuve contre nous.” »

Al-Hajjaj répondit : « Par Dieu, ô Cha‘bi, tu m’es plus cher en parole que celui qui vient à nous l’épée dégoulinante de notre sang, puis prétend : “Je n’ai rien fait, je n’y ai pas participé.” Tu es en sécurité auprès de nous, ô Cha‘bi ! »

Al-Cha‘bi poursuit : « Je me retirai. Après avoir marché un peu, il s’exclama : “Reviens, Cha‘bi !” Mon cœur en fut saisi de crainte, puis je me souvins qu’il m’avait déclaré : “Tu es en sécurité, ô Cha‘bi !”, et mon âme se rassura.

Il me dit alors : “Comment as-tu trouvé les gens après nous, ô Cha‘bi ?” (Car auparavant, il m’honorait, avant que je ne me soulève contre lui.) Je lui répondis : “Qu’Allah accorde l’amélioration à l’émir ! J’ai essuyé l’insomnie depuis ton départ, j’ai trouvé le territoire (1) difficile (استوعرت الجناب) et je me suis habitué à la peur (2) (استحلست الخوف). J’ai perdu mes frères vertueux et je n’ai trouvé nul remplaçant pour l’émir.” Il dit : “Va-t’en, ô Cha‘bi.” Et je partis. Ibn Jarir et d’autres ont rapporté cela, de même qu’Abou Mikhnaf, d’après Isma‘il ibn ‘Abd Ar-Rahman ibn As-Souddi, d’après Al-Cha‘bi (3).

Al-Bayhaqi (4) rapporte qu’il (Al-Hajjaj) l’interrogea au sujet de la « question de la kharqâ’ » en matière d’héritage (c’est-à-dire le cas d’une mère, d’un époux et d’une sœur) et sur ce qu’en disaient Abou Bakr As-Siddiq, ‘Omar, ‘Othman, ‘Ali et Ibn Mas‘oud. Chacun d’eux avait un avis à ce sujet. Al-Cha‘bi rapporta l’ensemble de ces positions en un instant, trouva appréciable l’avis de ‘Ali et statua selon l’avis de ‘Othman, ce qui valut à Al-Cha‘bi d’être relâché.

On dit aussi qu’Al-Hajjaj fit exécuter cinq mille prisonniers (5) que Yazid ibn Al-Mouhallab lui avait envoyés, comme cela a déjà été mentionné. Puis il se rendit à Koufa et y entra, et il n’acceptait d’un habitant la bay‘a (l’allégeance) qu’après lui avoir dit : “Atteste contre toi-même que tu as mécru.” S’il répondait “oui”, il acceptait sa bay‘a, et s’il refusait, il le tuait. Il exécuta ainsi un grand nombre de ceux qui repoussaient ce témoignage de mécréance contre eux-mêmes.

On amena alors un homme devant lui. Al-Hajjaj déclara : “Je ne pense pas que celui-ci atteste contre lui-même qu’il a mécru, à cause de sa piété et de sa religion” — et en cela, Al-Hajjaj comptait le duper — puis il dit :

(1) Dans cette édition : « et la plaine s'est étendue », et « les flancs se sont obscurcis ». (2) Ensuite, dans cette édition : « et l’inquiétude s’est dissipée ». Ceci est conforme au texte d’al-Ṭabarī (6/375). (3) Chez al-Ṭabarī : Il a dit Abū Mukhnaf : « Al-Surayy ibn Ismāʿīl m’a rapporté, de Al-Shuʿbī… », et il rapporte la tradition. (4) Al-Sunan al-Kubrā (6/252). (5) Tārīkh al-Khulafāʾ (p. 287) et Tārīkh al-Islām (événements des années 81-100/ p. 16).
فهو آمن ومن لحق بقتيبة بن مسلم بالري فهو آمن، فلحق به خلق كثير ممن كان مع ابن الأشعث فأمنهم الحجّاج، ومن لم يلحق به شرع في تتبعه، فقتل منهم خلقًا كثيرًا حتى كان آخر من قتل منهم سعيد بن جبير على ما سيأتي تفصيله والله المستعان. وكان الشعبي من جملة من صار إلى قتيبة بن مسلم فذكره الحجاج يومًا فقيل له: إنه صار إلى قتيبة بن مسلم، فكتب إليه: أن ابعث لي بالشَّعبي. قال الشعبي: فلما دخلت عليه سلمت عليه بالإمرة ثم قلت: أيها الأمير إن الناس قد أمروني أن أعتذر إليك بغير ما يعلم الله أنه الحق، وايم الله لا أقول في هذا المقام إلا الحق [كائنًا في ذلك ما كان] قد والله تمردنا عليك، وخرجنا وجهدنا كل الجهد فما ألونا، فما كنا بالأقوياء الفجرة، ولا بالأتقياء البررة، ولقد نصرك الله علينا وأظفرك بنا، فإن سطوت فبذنوبنا، وما جزَت إليك أيدينا، وإن عفوت عنا فبحلمك، وبعد، فالحجة لك علينا. فقال الحجاج: أنت والله يا شعبي أحب إليّ قولًا ممن يدخل علينا يقطر سيفه من دمائنا ثم يقول: ما فعلتُ ولا شهدتُ، قد أمنت عندنا يا شَعبي. قال: فانصرفت فلما مشيت قليلًا قال: هلمَّا شعبي، قال: فوجل لذلك قلبي، ثم ذكرت لحوله قد أمنت يا شعبي فاطمأنت نفسي، فقال: كيف وجدت الناس بعدنا يا شعبي؟ - قال: وكان لي مكرمًا [قبل الخروج عليه -] فقلت: أصلح الله الأمير، قد اكتحلتُ بعدك السَّهرَ، واستوعرت الجناب (١) ، واستحلَسْتُ الخوف (٢) ، وفقدت صالح الإخوان، ولم أجد من الأمير خَلَفًا. قال: انصرف يا شعبي، فانصرفت. ذكر ذلك ابن جرير وغيره. ورواه أبو مخنف عن إسماعيل بن عبد الرحمن بن السدي عن الشعبي (٣) . وروى البيهقي (٤) : أنه سأله عن مسألة الخرقاء في الفرائض وهي أم وزوج وأخت وما كان يقول فيها الصديق وعمر وعثمان وعلي وابن مسعود، وكان لكل منهم قول فيها، فنقل ذلك كله الشعبي في ساعة فاستحسن قول علي وحكم بقول عثمان، وأطلق الشعبي بسبب ذلك. [وقيل إن الحجاج قتل خمسة آلاف أسير (٥) ممن سيرهم إليه يزيد بن المهلّب كما تقدم ذلك، ثم سار إلى الكوفة فدخلها فجعل لا يبايع أحدًا من أهلها إلا قال: اشهد على نفسك أنك قد كفرتَ، فإذا قال نعم بايعه، وإن أبى قتله، فقتل منهم خلقًا كثيرًا ممن أبى أن يشهد على نفسه بالكفر، قال فأُتي برجل فقال الحجاج: ما أظن هذا يشهد على نفسه بالكفر لصلاحه ودينه - وأراد الحجاج مخادعته - فقال:
(١) في ط: واستوعرت السهل، واستوخمت الجناب. (٢) بعدها في ط: واستحليت الهم. وما هنا موافق للطبري (٦/ ٣٧٥). (٣) في الطبري: قال أبو مخنف: فحدثني السّريّ بن إسماعيل، عن الشعبي … وذكر الخبر. (٤) السنن الكبرى (٦/ ٢٥٢). (٥) تاريخ خليفة (٢٨٧) وتاريخ الإسلام (حوادث سنة ٨١ - ١٠٠/ ص ١٦).

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