Il dit : « Je l’ai mis en sûreté (1) (2). »
Ibn al-Ash‘ath était accompagné de ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Abbâs ibn Rabî‘a (3) ibn al-Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib, qui dirigeait alors la prière pour les gens dans les territoires de Rutabîl. Ensuite, un groupe de fugitifs ayant échappé à al-Hajjâj se rassembla et suivit Ibn al-Ash‘ath pour le rejoindre et combattre à ses côtés – ils étaient près de soixante mille hommes. Lorsqu’ils arrivèrent à Sijistân, ils constatèrent qu’Ibn al-Ash‘ath était déjà entré auprès de Rutabîl. Ils se rendirent alors maîtres de Sijistân, infligèrent des sévices à son gouverneur, ‘Abd Allâh ibn ‘Âmir al-Na‘âr (4), à ses frères et à ses proches, et s’emparèrent des biens qui s’y trouvaient. Ils se dispersèrent dans ces contrées et les dominèrent.
Puis ils écrivirent à Ibn al-Ash‘ath : « Rejoins-nous, afin que nous soyons avec toi ; nous te soutiendrons contre quiconque s’oppose à toi et nous prendrons possession des terres du Khurâsân, car une grande armée issue de nos rangs s’y trouve. Nous y demeurerons jusqu’à ce qu’Allâh fasse périr al-Hajjâj ou ‘Abd al-Malik ; ensuite, nous aviserons. » Ibn al-Ash‘ath sortit donc pour les rejoindre et avança un peu en direction du Khurâsân. Un groupe de gens d’Irak, mené par ‘Ubayd Allâh ibn ‘Abd al-Rahmân ibn Samura, se sépara de lui. Ibn al-Ash‘ath leur adressa alors un discours, rappelant leur traîtrise et leur défection au combat, et dit : « Je n’ai que faire de vous. Je vais rejoindre mon allié Rutabîl et rester auprès de lui. » Il se détourna d’eux, suivi par une partie d’entre eux, tandis que la majorité de l’armée demeurait sur place.
Quand Ibn al-Ash‘ath se fut ainsi séparé d’eux, ils prêtèrent allégeance à ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Abbâs ibn Rabî‘a (3) ibn al-Hârith ibn ‘Abd al-Muttalib al-Hâshimî et partirent avec lui vers le Khurâsân. Le gouverneur de cette province, Yazîd ibn al-Muhallab ibn Abî Sufra, leur barra alors l’accès à son territoire. Il écrivit à ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Abbâs pour lui dire : « Le pays est grand : pars plutôt vers une contrée qui n’a pas d’autorité locale ; je répugne à te combattre. Si tu as besoin d’argent, je peux t’en envoyer. »
Il lui répondit : « Nous ne sommes pas venus pour combattre qui que ce soit ; nous ne sommes venus que pour nous reposer, laisser nos chevaux souffler, puis repartir. Nous n’avons besoin d’aucun des biens que tu proposes. » Puis ‘Abd al-Rahmân se mit à percevoir l’impôt (kharâj) des provinces environnantes du Khurâsân. Yazîd ibn al-Muhallab, accompagné de son frère al-Mufaddal et de nombreuses troupes, sortit alors pour l’affronter. Lorsqu’ils se rencontrèrent, ils ne se battirent pas longtemps et les hommes de ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Abbâs prirent la fuite ; Yazîd leur infligea de lourdes pertes, captura un grand nombre de prisonniers et s’empara de ce qui se trouvait dans leur campement. Il envoya les captifs, parmi lesquels figurait Muhammad ibn Sa‘d ibn Abî Waqqâs, à al-Hajjâj.
On rapporte que Muhammad ibn Sa‘d aurait demandé à Yazîd ibn al-Muhallab : « Au nom de la prière par laquelle mon père a supplié pour ton père, relâche-moi. » Et il le libéra. Abû Ja‘far ibn Jarîr (5) dit qu’il existe un récit détaillé à propos de cette parole. Lorsque les prisonniers furent présentés à al-Hajjâj, il en exécuta la plupart et en gracia certains.
Le jour où al-Hajjâj triompha d’Ibn al-Ash‘ath, il fit proclamer par un crieur parmi la population : « Que celui qui rebrousse chemin… »