Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il dit : « Je pense qu’il est sauvé et j’espère pour lui le Paradis. De qui s’agit-il ? »
Il répondit : « De moi. »
Je répliquai : « Par Dieu, je ne crois pas que tu sois indemne alors que tu t’es épris de Buthayna depuis vingt ans. »
Il dit : « Que l’intercession de Muhammad (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) ne me parvienne pas, alors que je suis au premier jour de l’au-delà et au dernier jour de la vie d’ici-bas, si jamais j’ai posé la main sur elle avec une mauvaise intention. »
Et il raconta : « Nous ne nous éloignâmes pas jusqu’à ce qu’il rende l’âme. »

Je dis : « Sa mort survint en Égypte, car il était venu auprès de ‘Abd al-‘Azîz ibn Marwân, qui l’accueillit avec honneur et l’interrogea au sujet de son amour pour Buthayna ; il répondit qu’il était très fort. Il lui demanda alors de réciter certains de ses poèmes et de ses éloges, ce qu’il fit, et il lui promit de les réunir tous deux. Mais la mort l’emporta en l’an quatre-vingt-deux (qu’Allah lui fasse miséricorde), Amen (1). »

Al-Aṣma‘ī a rapporté (2) qu’un homme lui dit : « Jamil m’a demandé : “Veux-tu transmettre de ma part un message au clan de Buthayna ? À toi ce que je possède si tu le fais !” J’acceptai. Alors, il me dit : “Lorsque je mourrai, prends ma chamelle et porte mon manteau, puis récite-leur ces vers”, parmi lesquels :

“Debout, ô Buthayna ! Déplore-moi en pleurant à grands sanglots,
Pleure un ami plus cher que tout autre ami.”

Quand l’homme arriva auprès du clan, il déclama les vers. Buthayna sortit alors, telle la pleine lune illuminant un jardin, en se balançant dans son voile. Elle dit : « Malheur à toi ! Si tu dis vrai, tu me tues de chagrin ; et si tu mens, tu me couvres de honte. » Je lui répondis : « Par Dieu, je dis vrai ; voilà son manteau et sa chamelle. » Lorsqu’elle en fut convaincue, elle poussa un cri strident, se frappa le visage, et les femmes du clan l’entourèrent pour pleurer avec elle. Puis elle s’évanouit. À son réveil, elle dit :

“Et même pour une heure de ma vie, jamais je ne pourrai l’oublier, ô Jamil,
Que la vie soit dure ou douce, c’est du pareil au même si tu es parti.”

L’homme raconta : « Je n’ai jamais vu, avant ce jour, autant de pleureurs et de pleureuses. »

Selon le ḥāfiẓ Ibn ‘Asākir (3), on raconta qu’on dit un jour à Jamil à Damas : « Pourquoi ne laisses-tu pas la poésie pour apprendre le Coran par cœur ? » Il répondit : « C’est Anas ibn Mâlik qui m’informe que le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) a dit : “Il y a certes de la sagesse dans la poésie.” (4) »

‘Umar ibn ‘Ubayd Allâh ibn Ma‘mar ibn ‘Uthmân, Abû Ḥafṣ al-Qurashî al-Tamîmî, fut l’un des nobles généreux et grands émirs. Grâce à lui, de nombreuses contrées furent conquises. Il fut le gouverneur de Basra au nom d’Ibn al-Zubayr (5).

(1) Le rapport est dans Tārīkh Dimashq (11/280-281). (2) De sa parole : « Elle cria de toute sa voix… » jusqu'ici, la lecture manuscrite est omise, remplacée par : « Elle récita des vers pour le pleurer et s’en affligea, affirmant qu’elle ne trouverait plus de plaisir à vivre sans lui, et qu’aucun bien ne l’attendait après sa perte, puis elle mourut à cet instant. » Le rapport est tiré d’al-Aghānī (8/154-155). (3) Tārīkh Dimashq (11/256). (4) Ce hadith a été rapporté par al-Bukhārī dans son Ṣaḥīḥ, numéro (6145), dans la section de la littérature. (5) La biographie d-ʿUmar ibn ʿUbayd Allāh se trouve dans Tārīkh Khalīfa (297), Tārīkh al-Bukhārī (6/175), Ansāb al-Ashrāf (1/399), Tārīkh Dimashq (45/286-296), Tārīkh al-Islām (événements de l’année 81 - 100/p.160) et Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ (4/172).
قال: أظنه قد نجا وأرجو له الجنة، فمن هذا؟ قال: أنا، فقلت: لله ما أظنك سلمت وأنت تشبب منذ عشرين سنة، ببثينة. فقال: لا نالتني شفاعة محمد ﷺ ، وإني لفي أول يوم من أيام الآخرة وآخر يوم من أيام الدنيا إن كنت وضعت يدي عليها بريبة، قال: فما برحنا حتى مات. قلت: كانت وفاته بمصر لأنه كان قدم على عبد العزيز بن مروان فأكرمه وسأله عن حبه بثينة فقال: شديدًا، واستنشده من أشعاره ومدائحه فأنشده فوعده أن يجمع بينه وبينها فعاجلته المنية في سنة ثنتين وثمانين (رحمه الله) آمين (١) . وقد ذكر الأصمعي: عن رجل أن جميلًا قال له: هل أنت مبلغ عني رسالة إلى حي بثينة ولك ما عندي؟ قال: نعم! قال: إذا أنا متّ فاركب ناقتي والبس حلتي هذه وأمره أن يقول أبياتًا منها قوله: قومي بُثَيْنةُ فاندُبي بِعَويلِ … وابكي خَليلًا دونَ كُلِّ خَليلِ فلما انتهى إلى حيهم أنشد الأبيات فخرجت بثينة كأنها بدر سرى في جنة وهي تتثنى في مِرْطها فقالت له: ويحك إن كنت صادقًا فقد قتلتني، وإن كنت كاذبًا فقد فضحتني. فقلت: بلى والله صادق [وهذه حلته وناقته] فلما تحققت ذلك صاحت بأعلى صوتها، وصكت وجهها، واجتمع نساء الحي إليها يبكين معها، ثم صعقت مغشيًا عليها، ثم أفاقت وهي تقول: وإن سُلُوِّي عن جميل لساعةٌ … من الدهر ما حانت ولا حان حينها سواء علينا يا جميل بن معمر … إذا مت بأساء الحياة ولينها (٢) قال الرجل: فما رأيت أكثر باكيًا ولا باكية من يومئذ. وروى الحافظ ابن عساكر (٣) عنه أنه قيل له بدمشق: لو تركت الشعر وحفظت القرآن؟ فقال: هذا أنس بن مالك يخبرني عن رسول الله ﷺ أنه قال: "إن من الشعر حكمة" (٤) . عمر بن عبيد الله (٥) بن معمر بن عثمان، أبو حفص القرشي، التميمي، أحد الأجواد والأمراء الأمجاد، فتحت على يديه بلدان كثيرة، وكان نائبًا لابن الزبير على البصرة.
(١) الخبر في تاريخ دمشق (١١/ ٢٨٠ - ٢٨١). (٢) من قوله: صاحت بأعلى صوتها … إلى هنا ساقط من ط وبدله: أنشدت أبياتًا ترثيه بها وتتأسف عليه فيها، وأنه لا يطيب لها العيش بعده، ولا خير لها في الحياة بعد فقده، ثم ماتت من ساعتها. والخبر من الأغاني (٨/ ١٥٤ - ١٥٥). (٣) تاريخ دمشق (١١/ ٢٥٦). (٤) الحديث أخرجه البخاري في صحيحه رقم (٦١٤٥) في الأدب. (٥) ترجمة - عمر بن عبيد الله - في تاريخ خليفة (٢٩٧) وتاريخ البخاري (٦/ ١٧٥) وأنساب الأشراف (١/ ٣٩٩) وتاريخ دمشق (٤٥/ ٢٨٦ - ٢٩٦) وتاريخ الإسلام (حوادث سنة ٨١ - ١٠٠/ ص ١٦٠) وسير أعلام النبلاء (٤/ ١٧٢).

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