Lorsque parvint à Al-Hajjaj la nouvelle que ‘Abd Al-Malik avait écrit aux habitants de l’Irak qu’il consentait à le démettre de ses fonctions s’ils l’acceptaient, cela lui causa une immense contrariété et l’importance de cette décision grandit à ses yeux. Il envoya alors une lettre à ‘Abd Al-Malik, disant :
« Ô Commandeur des croyants ! Par Dieu, si vous accordez aux gens de l’Irak ma destitution, ils ne tarderont guère à vous désavouer et à marcher contre vous. Ce ne fera que renforcer leur audace à votre égard. Ne voyez-vous pas, n’avez-vous pas entendu comment les Irakiens, menés par Al-Ash‘tar Al-Nakha‘î, se sont révoltés contre Ibn ‘Affân ? Lorsqu’il leur demanda ce qu’ils voulaient, ils répondirent : “Qu’on révoque Sa‘îd Ibn Al-‘Âs.” Or, une fois révoqué, à peine une année s’était écoulée qu’ils marchèrent contre lui et le tuèrent. Sachez que le fer ne se brise que par le fer. Puisse Dieu faire le meilleur choix pour vous dans ce que vous décidez. Que la paix soit sur vous. »
Alors ‘Abd Al-Malik refusa de revenir sur ces propositions et insista pour soumettre ces conditions aux gens de l’Irak, espérant ainsi éviter la guerre. Il écrivit à ses troupes pour leur ordonner de présenter ces points aux Irakiens, tel qu’il l’avait décrété. C’est ainsi qu’ils le leur proposèrent. ‘Abd Allâh et Muhammad se présentèrent alors : ‘Abd Allâh s’écria :
« Ô gens de l’Irak ! Je suis ‘Abd Allâh, fils du Commandeur des croyants ‘Abd Al-Malik Ibn Marwân. Il vous propose ceci et cela… », et il énonça les conditions que son père avait faites parvenir par son entremise. Muhammad Ibn Marwân ajouta :
« Et moi, je suis l’envoyé de mon frère, le Commandeur des croyants, pour vous transmettre la même chose. »
Les Irakiens répondirent : « Nous allons y réfléchir jusqu’à demain et vous ferons connaître notre réponse le soir. » Ils se retirèrent, tous les chefs se réunirent alors autour d’Ibn Al-Ash‘ath, qui tint un discours exhortant à accepter ce qui était proposé : la révocation d’Al-Hajjâj, l’allégeance à ‘Abd Al-Malik Ibn Marwân, la préservation des soldes et la nomination de Muhammad Ibn Marwân comme gouverneur de l’Irak à la place d’Al-Hajjâj.
Mais de toutes parts, les gens s’écrièrent : « Non, par Dieu, nous ne l’accepterons pas. Nous sommes supérieurs en nombre comme en matériel de guerre, et eux se trouvent dans la gêne ; nous avons déjà pris le dessus sur eux et ils se sont humiliés à nos pieds. Par Dieu, jamais nous ne consentirons à cela. » Aussitôt, ils réaffirmèrent leur destitution de ‘Abd Al-Malik et de son délégué, et ce choix fit l’unanimité parmi eux.
‘Abd Allâh Ibn ‘Abd Al-Malik et son oncle Muhammad Ibn Marwân rentrèrent trouver Al-Hajjâj pour lui dire :
« Agis donc à leur encontre, car nous restons à ton service, conformément aux instructions du Commandeur des croyants. » Ainsi, lorsqu’ils rencontraient Al-Hajjâj, ils le saluaient comme émir, et ce dernier les saluait également de la même manière. Al-Hajjâj reprit donc la direction de la guerre et son organisation comme auparavant. Dès lors, chacun des deux camps se prépara aux combats.
Al-Hajjâj confia son aile droite à ‘Abd Ar-Rahmân Ibn Sulaym Al-Kalbî, son aile gauche à ‘Amârah Ibn Tamîm Al-Lakhmî, le commandement de la cavalerie à Sufyân Ibn Al-Abrad et celui de l’infanterie à ‘Abd Ar-Rahmân Ibn Habîb Al-Hakamî.
Ibn Al-Ash‘ath plaça à son aile droite Al-Hajjâj Ibn Jâriyyah Al-Khath‘amî, à son aile gauche Al-Abrad Ibn Qurrah At-Tamîmî, confia la cavalerie à ‘Abd Ar-Rahmân Ibn ‘Abbâs Ibn Rabî‘ah, et l’infanterie à Muhammad Ibn Sa‘d Ibn…