Il emmena ceux qui le suivaient et se rendit à Koufa, où les habitants lui prêtèrent allégeance. Puis survint la bataille de Dayr al-Jamajim au mois de Sha‘bân de cette même année.
La bataille de Dayr al-Jamajim (1) – Al-Wâqidî rapporte que, lorsque Ibn al-Ash‘ath prit la direction de Koufa, les habitants sortirent à sa rencontre, l’entourèrent et entrèrent en sa compagnie. Toutefois, un groupe restreint voulut se battre pour défendre Matar ibn Nâjiyya, le gouverneur d’al-Hajjâj, mais celui-ci ne leur en laissa pas la possibilité et ils se replièrent alors au palais. Quand Ibn al-Ash‘ath arriva à Koufa, il ordonna qu’on installât des échelles autour du palais du gouverneur pour le prendre. Puis il fit descendre Matar ibn Nâjiyya et voulut l’exécuter, mais ce dernier s’écria : « Épargne-moi, car je vaux mieux que tes cavaliers. » (2) Ibn al-Ash‘ath l’emprisonna, le convoqua à nouveau, le libéra et reçut son serment d’allégeance. Ainsi, le pouvoir de Ibn al-Ash‘ath à Koufa se raffermit, et il fut rejoint par ceux qui arrivaient de Bassora.
‘Abd al-Rahmân ibn al-‘Abbâs ibn Rabî‘a ibn ‘Abd al-Muttalib figura parmi ceux qui vinrent à sa rencontre. Ibn al-Ash‘ath ordonna d’établir des postes de garde de tous côtés, puis les frontières, les avant-postes et les routes furent surveillés. De son côté, al-Hajjâj partit de Bassora, accompagné des troupes syriennes, et avança par voie de terre jusqu’à passer entre al-Qâdisiyya et al-‘Adhîb. Ibn al-Ash‘ath envoya alors ‘Abd al-Rahmân ibn al-‘Abbâs à la tête d’une puissante cavalerie issue des deux métropoles (Koufa et Bassora), laquelle empêcha al-Hajjâj de s’installer à al-Qâdisiyya. Il poursuivit donc sa route jusqu’à Dayr Qurra, tandis que Ibn al-Ash‘ath, accompagné des armées de Bassora et de Koufa, gagna Dayr al-Jamajim, fort d’un nombre considérable de soldats, parmi lesquels se trouvaient des lecteurs du Coran issus des deux cités et une foule de pieux fidèles.
Par la suite, al-Hajjâj disait : « Qu’Allâh maudisse Ibn al-Ash‘ath ! Ne pouvait-il se fier aux présages lorsqu’il m’a vu descendre à Dayr Qurra, pendant que lui s’installait à Dayr al-Jamajim ? » Au total, cent mille combattants payés, ainsi que leurs affranchis en nombre égal, se rallièrent à Ibn al-Ash‘ath. De nombreux renforts parvinrent également à al-Hajjâj depuis la Syrie, envoyés par le commandeur des croyants, ‘Abd al-Malik ibn Marwân. Les deux camps creusèrent chacun un fossé autour d’eux pour se prémunir des attaques, mais, chaque jour, des guerriers s’affrontaient sur le champ de bataille dans des combats acharnés, causant la perte de nombreuses personnalités de Quraysh et d’ailleurs. Cet état de fait dura longtemps.
Les princes et conseillers se réunirent alors auprès de ‘Abd al-Malik ibn Marwân et lui dirent : « Si les gens d’Irak se satisfont de ton renvoi d’al-Hajjâj, cela est plus simple que de les affronter et de verser leur sang. » Sur ce, ‘Abd al-Malik fit venir son frère Muḥammad ibn Marwân et son fils ‘Abd Allâh ibn ‘Abd al-Malik ibn Marwân, accompagnés de troupes fort nombreuses.
Il leur remit un écrit destiné aux gens d’Irak, dans lequel il disait : « Si vous acceptez que je relève al-Hajjâj de ses fonctions à votre égard, je le démettrai et je vous accorderai vos soldes, au même titre que ceux de Syrie. Ibn al-Ash‘ath pourra choisir la région qu’il souhaite gouverner, tant que je vivrai et qu’il vivra, et le gouvernement de l’Irak sera confié à Muḥammad ibn Marwân. » Il précisa également dans cet acte d’investiture : « Si les gens d’Irak ne se conforment pas à cette offre, alors al-Hajjâj demeurera en poste tel qu’il est, avec le commandement de la guerre. Quant à Muḥammad ibn Marwân et ‘Abd Allâh ibn ‘Abd al-Malik, ils seront sous ses ordres et ne s’écarteront en rien de son avis, que ce soit pour la guerre ou pour toute autre affaire. »