Puis arriva l’année quatre-vingt-deux (de l’Hégire). Au cours du mois de Mouharram, se déroula la bataille de la Zâwiya (1) entre Ibn al-Ach’ath et Al-Hajjâj vers la fin du mois. Le premier jour, les Irakiens eurent l’avantage sur les Syriens. Puis, ils s’affrontèrent un autre jour durant lequel Soufyân ibn Al-Abard, l’un des chefs de l’armée syrienne, chargea l’aile droite d’Ibn al-Ach’ath, la mit en déroute et tua un grand nombre de lecteurs du Coran parmi les compagnons d’Ibn al-Ach’ath ce jour-là.
Al-Hajjâj tomba alors en prosternation pour Dieu après s’être agenouillé et avoir légèrement dégainé son épée. Il invoqua la miséricorde de Dieu sur Mous‘ab ibn Az-Zoubayr et dit : « Qu’il était noble jusqu’à ce qu’il s’arme de patience pour la mort ! ». Parmi ceux qui furent tués parmi les compagnons d’Ibn al-Ach’ath ce jour-là, on compte At-Toufaïl ibn ‘Âmir ibn Wâthila (2) Al-Laïthî. Lorsque les partisans d’Ibn al-Ach’ath prirent la fuite, celui-ci retourna avec ceux qui restaient de ses hommes, ainsi qu’avec ceux qui l’avaient suivi parmi les habitants de Bassora, et se rendit jusqu’à Koufa. Les habitants de Bassora, de leur côté, se tournèrent vers ‘Abd Ar-Rahmân ibn Al-‘Abbâs (3) ibn Rabî‘a ibn Al-Hârith ibn ‘Abd Al-Mouttalib et lui prêtèrent serment d’allégeance. Ils combattirent Al-Hajjâj pendant cinq nuits, livrant les combats les plus acharnés puis s’en retournèrent rejoindre Ibn al-Ach’ath, suivis par un groupe de gens de Bassora. Al-Hajjâj nomma alors Ayyoub ibn Al-Hakam ibn Abî ‘Aqîl comme gouverneur de Bassora. Ibn al-Ach’ath entra à Koufa et les habitants de la ville lui prêtèrent serment d’allégeance pour destituer Al-Hajjâj et ‘Abd Al-Malik ibn Marwân. La situation se dégrada et le nombre de ceux qui suivaient Ibn al-Ach’ath s’accrut considérablement, si bien que la division fut très profonde, la crise immense, et la brèche s’élargit au point de devenir irréparable.
Al-Wâqidî a rapporté : « Lorsque l’armée d’Al-Hajjâj et celle d’Ibn al-Ach’ath se rencontrèrent à la Zâwiya, l’armée d’Al-Hajjâj chargeait de manière répétée. Les lecteurs du Coran – parmi lesquels Jabalata ibn Zahr – s’écrièrent : “Ô gens, il n’est rien de plus infâme que votre fuite ; combattez donc pour votre religion et votre monde !”. Sa‘îd ibn Jobayr tint des propos similaires. Quant à Ach-Cha‘bî, il dit : “Combattez-les pour leur injustice, pour la manière dont ils asservissent les plus faibles et pour leur abandon de la prière.” Les lecteurs du Coran, qui étaient les savants, lancèrent alors un assaut vif et sincère contre l’armée d’Al-Hajjâj, percèrent leurs rangs, puis revinrent pour trouver leur chef, Jabalata ibn Zahr, étendu au sol, tué. Cela les accabla, et les soldats d’Al-Hajjâj leur lancèrent : “Ô ennemis de Dieu, nous avons tué votre tyran !”. Puis Soufyân ibn Al-Abard, qui commandait la cavalerie d’Al-Hajjâj, se rua sur l’aile gauche d’Ibn al-Ach’ath, dirigée par Al-Abard ibn Murra (4) At-Tamîmî, et celle-ci s’enfuit sans engager un grand combat. Les gens s’en indignèrent, car Al-Abard était un guerrier réputé pour ne pas fuir, et ils en vinrent à suspecter sa trahison. Les rangs se dispersèrent, et les soldats se bousculèrent les uns les autres. Ibn al-Ach’ath exhorta alors ses hommes au combat, mais en voyant…"