Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Al-Ash‘ath (lui-même) rapporte : « Il dit qu’il est irréfléchi, stupide et envieux. Son père est celui qui a dépouillé le commandeur des croyants ‘Uthmân de ses vêtements et l’a combattu, puis il a indiqué à ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd où se trouvait Muslim ibn ‘Aqîl, de sorte que celui-ci put le tuer. Son grand-père, al-Ash‘ath, apostasia de l’islam ; quant à moi, chaque fois que je l’apercevais, j’avais l’intention de le tuer. » Lorsque al-Hajjâj écrivit à Ibn al-Ash‘ath à ce sujet et que les messages se succédèrent dans ce sens, Ibn al-Ash‘ath s’emporta et dit : « Il m’écrit de la sorte alors qu’il ne saurait valoir ne serait-ce que l’un de mes soldats, ni même l’un de mes serviteurs, tant il est lâche et faible ! Ne se rappelle-t-il donc pas son père de Thaqîf, ce poltron à l’époque de Ghazâla ? » (Sous-entendant que Ghazâla, l’épouse de Shabîb, chargea un jour al-Hajjâj et son armée, qui s’enfuirent devant elle, alors qu’il ne s’agissait que d’une femme, lorsqu’elle entra à Koufa).

Ensuite, Ibn al-Ash‘ath réunit les notables d’Irak et leur déclara : « Al-Hajjâj vous presse intensément de vous enfoncer dans le territoire ennemi, là même où vos frères ont péri hier. L’hiver est à nos portes avec son froid ; réfléchissez à votre situation. Moi, je n’obéirai pas à ses ordres et ne reviendrai pas sur la décision que j’ai prise hier. » Puis il leur adressa un discours, leur exposant son point de vue et le leur : il désirait qu’ils réparent les contrées déjà conquises et qu’ils y demeurent pour se renforcer grâce à leurs récoltes et leurs biens, jusqu’à l’issue de la saison froide. Ensuite seulement, ils repartiraient à l’assaut du pays ennemi, le conquérant ville après ville, jusqu’à assiéger Ratubîl, le roi des Turcs, dans la « Cité des Grands ». Il les informa également (1) de ce qu’avait exigé al-Hajjâj, à savoir se hâter de combattre Ratubîl (2). Là-dessus, la foule s’éleva contre lui en clamant : « Non ! Nous refusons d’obéir à l’ennemi de Dieu, al-Hajjâj ; nous ne l’écouterons pas et ne lui obéirons pas. »

Abû Mikhnaf (3) déclare : Matarraf ibn ‘Âmir ibn Wâ’ila (4) al-Kinânî me raconta que son père fut le premier à prendre la parole à ce propos ; c’était un poète et un orateur. Parmi ses dires, on retrouve ces paroles : « L’affaire qui nous lie à al-Hajjâj dans cette décision ressemble aux propos de l’aîné à son frère : “Fais monter ton esclave sur le cheval : s’il meurt, il meurt ; s’il en réchappe, c’est ta victoire.” De même, si vous gagnez, ce sera un surcroît de puissance pour lui ; et si vous périssez, il vous haïra d’autant plus. » Puis il ajouta : « Déposez cet ennemi de Dieu, al-Hajjâj, et prêtez plutôt serment à votre émir, ‘Abd al-Rahmân ibn al-Ash‘ath. Je vous prends à témoin que je suis le premier à le destituer. » Les gens d’alentour de s’exclamer : « Nous déposons l’ennemi de Dieu ! » et ils se précipitèrent vers ‘Abd al-Rahmân ibn Muhammad ibn al-Ash‘ath pour le désigner à la place d’al-Hajjâj ; aucun ne mentionna pour le moment la déposition d‘Abd al-Malik ibn Marwân. Ibn al-Ash‘ath envoya un émissaire à Ratubîl afin de conclure avec lui un pacte stipulant : si eux (les Irakiens) triomphaient d’al-Hajjâj, Ratubîl serait à jamais exempt de tout tribut. Puis Ibn al-Ash‘ath s’avança avec les troupes qui l’accompagnaient, quittant Sajistân pour affronter al-Hajjâj et prendre l’Irak.

Lorsqu’ils arrivèrent à mi-chemin, ils se mirent à dire : « Déposer al-Hajjâj, c’est aussi déposer Ibn Marwân. » Alors ils les renièrent tous deux et renouvelèrent leur allégeance à Ibn al-Ash‘ath, sous réserve qu’il s’en tienne au Livre de Dieu et à la Sunna de Son Messager, et qu’il dépose les imâms égarés et combatte les mécréants (5). “Êtes-vous d’accord ?” demandait-il. S’ils acquiesçaient, il acceptait leur serment. Quand al-Hajjâj apprit qu’ils l’avaient ainsi déposé, lui et le commandeur des croyants ‘Abd al-Malik ibn Marwân, il écrivit à ‘Abd al-Malik pour l’en informer.

(1) Entre parenthèses, il s'agit d'un ajout provenant de T., ce qui est conforme aux sources. Sa place dans A est la suivante : lorsque les ouvrages relatant lettres de Ḥajjāj à lui-même l'incitaient à s'enfoncer dans les terres de Ratbīl, il rassembla ses compagnons, prit la parole en leur présence et leur informa de l'avis qu'il avait à ce sujet. (2) Dans al-Futūḥ d'Ibn al-Athīr (7/117) : Ibn al-Ashʿath écrivit une lettre au nom de Ḥajjāj à ce dernier, dans laquelle il lui ordonnait de tuer certain et tel de ses compagnons, et d'envoyer leurs têtes à lui. Il lut cette lettre devant ses compagnons... puis déclara publiquement devant eux l'abdication de Ḥajjāj ainsi que celle de son allié ʿAbd al-Malik ibn Marwān. (3) Histoire de Ṭabarī (6/335). (4) Dans Ṭabarī : Wāthila, ce qui est exact. (5) Dans Ṭabarī (6/338) : et le combat des engagés.
الأشعث: ويقول هو أهوج أحمق حسود، وأبوه الذي سلب أمير المؤمنين عثمان ثيابه وقاتله، ودل عبيد الله بن زياد على مسلم بن عقيل حتى قتله، وجده الأشعث ارتد عن الإسلام وما رأيته قط إلا هممت بقتله، ولما كتب الحجاج إلى ابن الأشعث بذلك وترادفت إليه البرد بذلك، غضب ابن الأشعث وقال: يكتب إليّ بمثل هذا وهو لا يصلح أن يكون من بعض جندي ولا من بعض خدمي لخوره وضعف قوته؟ أما يذكر أباه من ثقيف هذا الجبان صاحب غزالة - يعني أن غزالة زوجة شبيب حملت على الحجاج وجيشه فانهزموا منها وهي امرأة لما دخلت الكوفة - ثم إن ابن الأشعث جمع رؤوس أهل العراق وقال لهم: إن الحجاج قد ألح عليكم في الإيغال في بلاد العدو، وهي البلاد التي قد هلك فيها إخوانكم بالأمس، وقد أقبل عليكم فصل الشتاء والبرد، فانظروا في أمركم، أما أنا فلست مطيعه ولا أنقض رأيًا رأيته بالأمس، ثم قام فيهم خطيبًا فأعلمهم بما كان رأى من الرأي له ولهم، وطلب في ذلك من إصلاح البلاد التي فتحوها، وأن يقيموا بها حتى يتقووا بغلاتها وأموالها ويخرج عنهم فصل البرد ثم يسيرون في بلاد العدو فيفتحونها بلدًا بلدًا إلى أن يحصروا رتُبيل ملك الترك في مدينة العظماء، ثم أعلمهم] (١) بما كتب إليه الحجاج من الأمر بمعاجلة رُتبيل (٢) . فثار إليه الناس وقالوا: لا بل نأبى على عدو الله الحجاج ولا نسمع له ولا نطيع. قال أبو مخنف (٣) : فحدثني مطرف بن عامر بن وائلة (٤) الكناني أن أباه كان أول من تكلم في ذلك، وكان شاعرًا خطيبًا، وكان مما قال: إن مثل الحجاج في هذا الرأي ومثلنا كما قال الأول لأخيه احمل عبدك على الفرس فإن هلك هلك، وإن نجا فلك، أنتم إذا ظفرتم كان ذلك زيادة في سلطانه، وإن هلكتم كنتم الأعداء البغضاء، ثم قال: اخلعوا عدو الله الحجاج وبايعوا لأميركم عبد الرحمن بن الأشعث فإني أشهدكم أني أول خالع للحجاج. فقال الناس من كل جانب: خلعنا عدو الله، ووثبوا إلى عبد الرحمن بن محمد بن الأشعث فبايعوه عوضًا عن الحجاج، ولم يذكروا خلع عبد الملك بن مروان، وبعث ابن الأشعث إلى رُتبيل فصالحه على أنه إن ظفروا بالحجاج فلا خراج على رُتبيل أبدًا. ثم سار ابن الأشعث بالجنود الذين معه مقبلًا من سجستان إلى الحجاج ليقاتله ويأخذ منه العراق، فلما توسطوا الطريق قالوا: إن خَلْعَنا للحجاج خلع لابن مروان فخلعوهما وجددوا البيعة لابن الأشعث فبايعهم على كتاب الله وسنة رسوله وخلع أئمة الضلالة وجهاد الملحدين (٥) ، فإذا قالوا نعم، بايعهم. فلما بلغ الحجاج ما صنعوا من خلعه وخلع أمير المؤمنين عبد الملك بن مروان، كتب إلى عبد الملك يعلمه بذلك
(١) ما بين معكوفين زيادة من ط؛ وهي موافقة للمصادر. ومكانها في أ: فلما تواردت كتب الحجاج إليه تحثه على التوغل في بلاد رتبيل جمع من معه، وقام فيهم خطيبًا، فأعلمهم بما كان رأى من الرأي في ذلك. (٢) في الفتوح لابن الأعثم (٧/ ١١٧): كتب ابن الأشعث كتابًا على لسان الحجاج إليه يأمره فيه بقتل فلان وفلان من أصحابه، وأن يبعث برؤوسهم إليه، وقرأه أمام أصحابه .. ثم أعلن أمامهم خلعه وصاحبه عبد الملك بن مروان. (٣) تاريخ الطبري (٦/ ٣٣٥). (٤) في الطبري: واثلة، وهو الصواب. (٥) في الطبري (٦/ ٣٣٨): وجهاد المحلِّين.

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