Il apporta du sucre à Médine et celui-ci ne se vendit pas, personne ne l’acheta. Alors Ibn Jaʿfar ordonna à son intendant de l’acheter et de le distribuer aux gens.
On raconta aussi que, lorsque Muʿāwiya accomplit le pèlerinage et séjourna dans la demeure de Marwān, il dit un jour à son chambellan : « Regarde donc si tu vois à la porte al-Ḥasan, ou al-Ḥusayn, ou Ibn Jaʿfar ou un tel » – et il cita plusieurs noms. Le chambellan sortit et ne vit personne. On lui expliqua : « Ils sont réunis chez ʿAbd Allāh ibn Jaʿfar pour y déjeuner. » Le chambellan rapporta cela à Muʿāwiya, qui déclara : « Au fond, je ne suis rien de plus que l’un d’entre eux. » Il prit alors un bâton pour s’y appuyer, se rendit devant la porte de Ibn Jaʿfar, demanda la permission d’entrer et entra. Ibn Jaʿfar le fit asseoir à la place d’honneur sur son tapis.
Muʿāwiya lui demanda : « Où est donc ton repas, ô Ibn Jaʿfar ? » Il répondit : « Qu’as-tu envie de manger ? Nous pouvons faire apporter ce que tu souhaites. » Muʿāwiya dit : « Fais-nous servir de la moelle. » Ibn Jaʿfar appela son serviteur : « Apporte de la moelle. » On apporta un plat, et Muʿāwiya en mangea. Puis Ibn Jaʿfar redemanda au serviteur de la moelle, qui apporta encore un plat bien rempli, et ils répétèrent cela trois fois. Muʿāwiya s’étonna et s’exclama : « Ô Ibn Jaʿfar, seul un don fort généreux peut te satisfaire. » Lorsqu’il repartit, il ordonna qu’on lui remît cinquante mille dinars.
Ibn Jaʿfar était l’ami de Muʿāwiya et il se rendait chaque année auprès de lui. Muʿāwiya lui offrait alors un million de dirhams et exauçait cent de ses requêtes. Quand Muʿāwiya sentit sa mort approcher, il fit son testament à son fils Yazīd. Lorsque Ibn Jaʿfar vint trouver Yazīd, celui-ci lui demanda : « Combien l’émir des croyants t’accordait-il chaque année ? » Il répondit : « Un million (de dirhams). » Yazīd déclara : « Nous allons doubler cette somme pour toi. » Dès lors, il lui donna deux millions par an et Ibn Jaʿfar lui dit : « Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour toi. Je ne l’ai jamais dit à personne avant toi, et je ne le dirai à personne après toi. » Yazīd lui rétorqua : « Et personne avant moi ne t’a accordé un tel don, et personne après moi ne le fera. »
On raconta que chez Ibn Jaʿfar se trouvait une esclave chantant sous le nom de ʿAmāra, dont il était très épris. Un jour, Yazīd ibn Muʿāwiya se rendit chez Ibn Jaʿfar et entendit la jeune femme chanter. Il en fut séduit mais n’osa pas la demander à Ibn Jaʿfar. Yazīd garda en lui ce désir jusqu’à la mort de son père Muʿāwiya. Après quoi, Yazīd envoya un homme originaire d’Irak pour s’enquérir de cette esclave. L’homme arriva à Médine, se logea près de la demeure d’Ibn Jaʿfar et lui offrit de nombreux présents et cadeaux, se gagna son amitié, jusqu’à ce qu’il obtienne la jeune femme et l’emmena à Yazīd.
Al-Ḥasan al-Baṣrī désapprouvait qu’Ibn Jaʿfar écoute la musique et se livre aux plaisirs, ou qu’il achète des esclaves nées hors mariage. Il disait : « Cela ne lui suffit pas d’être entaché de telles choses et d’autres encore ? Voilà qu’en plus il maria al-Ḥajjāj à la fille du Messager de Dieu (ﷺ). » De son côté, al-Ḥajjāj disait : « Je ne l’ai épousée que pour humilier la famille d’Abū Ṭālib. » On raconta qu’al-Ḥajjāj ne parvint pas à consommer le mariage. ʿAbd al-Malik lui écrivit de la renvoyer, et il la répudia. ʿAbd Allāh ibn Jaʿfar transmit treize hadiths.
Abū Idrīs al-Khawlānī (1), juge à Damas, se nommait ʿĀʾidh Allāh ibn ʿAbd Allāh. Il connut divers états et eut des mérites reconnus. Il avait coutume de dire : « Un cœur pur sous des vêtements souillés vaut mieux qu’un cœur souillé sous des vêtements purs. » Il exerça la fonction de juge à Damas.
Nous avons déjà consacré une notice biographique à ces personnalités dans notre ouvrage intitulé “al-Takmīl”, et la louange appartient à Dieu (2).