« Par Dieu, j’ai failli lui trancher la tête. » Ash-Shaʿbī confia secrètement ces propos à Ibn al-Ashʿath. Celui-ci déclara alors : « Par Dieu, je m’acharnerai à le destituer de son pouvoir si le temps m’en donne l’occasion, à lui comme à moi. »
Le fait est qu’al-Ḥajjāj passa en revue ces armées et leur distribua des dons. Puis il hésita quant au choix de leur chef, jusqu’à ce que son choix se portât sur ʿAbd al-Raḥmān ibn Muḥammad ibn al-Ashʿath. Il le désigna donc à leur tête. C’est alors qu’Ismāʿīl ibn al-Ashʿath, l’oncle d’ʿAbd al-Raḥmān, se présenta devant al-Ḥajjāj et lui dit : « Je crains que si tu le places à la tête de l’armée, tu ne voies plus tes ordres exécutés une fois qu’il aura franchi l’Euphrate. » Al-Ḥajjāj répondit : « Il n’en est pas question ; je le sais trop respectueux envers moi et désireux de mes faveurs pour qu’il contrevienne à mon autorité ou sorte de mon obéissance. » Il confirma donc son commandement à la tête des troupes. Ainsi, Ibn al-Ashʿath se dirigea avec les armées vers le territoire de Ratbīl.
Lorsque Ratbīl apprit qu’Ibn al-Ashʿath arrivait avec son armée, il lui écrivit pour s’excuser de ce qui était arrivé aux musulmans dans son pays l’année précédente. Il affirma l’avoir déploré et expliqua que les musulmans l’avaient contraint à les combattre. Il demanda par ailleurs à Ibn al-Ashʿath d’entériner un pacte de paix et promit de verser un tribut aux musulmans. Toutefois, Ibn al-Ashʿath rejeta la proposition et insista pour envahir son territoire. De son côté, Ratbīl rassembla ses troupes et se prépara à la guerre.
Chaque fois qu’Ibn al-Ashʿath pénétrait dans une contrée ou une ville, ou bien qu’il s’emparait d’une forteresse appartenant à Ratbīl, il y plaçait un gouverneur dépendant de son autorité, assisté de gardes pour en assurer la protection. Il établit des garnisons dans chaque région ou lieu qui présentait un risque, si bien qu’il s’empara d’une grande partie des terres de Ratbīl. Il y obtint un important butin en richesses et réduisit en captivité de nombreux habitants. Ensuite, il retint les troupes de continuer d’avancer plus profondément sur le territoire de Ratbīl afin de consolider leur emprise sur les territoires déjà conquis, d’exploiter leurs récoltes et leurs provisions, avant de progresser l’année suivante contre l’ennemi. L’idée était de conquérir zone après zone, région après région, jusqu’à ce qu’ils encerclent leur adversaire dans ses territoires, s’emparent de ses trésors, de ses biens et de ses familles, puis tuent ceux qui prenaient les armes contre eux.
C’est ainsi qu’ils convinrent de cette stratégie. Ibn al-Ashʿath adressa une lettre à al-Ḥajjāj pour informer celui-ci de leurs succès et de l’aide divine dont ils avaient bénéficié, tout en lui exposant le plan qu’il avait adopté.
Selon certains, al-Ḥajjāj avait dépêché Himyān ibn ʿAdiyy as-Sadūsī à Kirmān pour y assurer la protection des habitants et prêter main-forte au gouverneur de Sijistān et de l’Inde en cas de besoin. Cependant, Himyān et ses hommes se rebellèrent contre al-Ḥajjāj. Celui-ci envoya alors Ibn al-Ashʿath pour le combattre, et celui-ci vainquit Himyān. Ibn al-Ashʿath et ses troupes demeurèrent sur place, et ʿUbayd Allāh ibn Abī Bakra mourut. Al-Ḥajjāj écrivit alors à Ibn al-Ashʿath pour le nommer gouverneur de Sijistān à la place d’Ibn Abī Bakra et lui dépêcha une armée financée à hauteur de deux millions de dirhams, hors solde des soldats. On appelait cette armée « l’armée des paons ». Al-Ḥajjāj ordonna à Ibn al-Ashʿath de marcher contre Ratbīl, et il advint ce qui a déjà été relaté.
Al-Wāqidī et Abū Maʿshar ont rapporté qu’au cours de cette année, Abān ibn ʿUthmān dirigea le pèlerinage. D’autres cependant avancent que ce fut Sulaymān ibn ʿAbd al-Malik qui mena le pèlerinage cette année-là. Al-Walīd ibn ʿAbd al-Malik, pour sa part, commanda l’expédition estivale (aṣ-ṣāʾifa) cette même année. Enfin, Abān ibn ʿUthmān demeura gouverneur de Médine.