On rapporte qu’un jour, ‘Ubayd Allâh eut soif ; une femme lui présenta alors un pichet d’eau fraîche et il lui donna trente mille (pièces). On raconte également qu’on lui offrit un serviteur et une servante alors qu’il était assis en compagnie de ses amis. Il dit à l’un d’entre eux : « Prends-les pour toi. » Puis il réfléchit et déclara : « Par Dieu, favoriser certains de mes convives plutôt que d’autres relève d’une avarice honteuse et d’une bassesse exécrable. » Il ordonna alors : « Ô garçon, remets à chacun de mes compagnons un serviteur et une servante. » On les compta et leur nombre s’éleva à quatre-vingts serviteurs et servantes. ‘Ubayd Allâh ibn Abî Bakra mourut à Bust (1) – certains disent à Dharkh. Dieu est le plus Savant et le plus Indulgent ; et louange à Dieu, Seigneur des mondes (2).
Puis s’ouvrit l’an quatre-vingts de l’Hégire. Cette année-là survint à La Mecque le « s‐ayl al-jahhâf » (3), ainsi nommé parce qu’il emportait tout sur son passage. Il emporta les pèlerins dans la vallée de La Mecque, ainsi que les chameaux chargés de leurs fardeaux, et les hommes et les femmes ne pouvaient échapper à ses flots. [Le niveau de l’eau atteignit Al-Hajûn et nombre de personnes se noyèrent. Certains disent même qu’il était si haut qu’il faillit recouvrir la Maison sacrée ; Dieu sait mieux.]
Ibn Jarîr (4) rapporte qu’al-Wâqidî a mentionné l’apparition d’une épidémie de peste à Bassora cette même année. Or, l’opinion la plus répandue est que la peste eut lieu en soixante-neuf de l’Hégire, comme déjà évoqué.
Durant cette année, al-Muhallab ibn Abî Sufra traversa le fleuve de Balkh et séjourna à Kash (5) pendant deux ans, résistant patiemment aux attaques des Turcs. Divers épisodes, trop longs à relater, eurent lieu à ce moment-là. Entre-temps, Ibn al-Ash‘ath lui écrivit pour l’inviter à se révolter contre al-Hajjâj. Al-Muhallab fit aussitôt parvenir la lettre dans son intégralité à al-Hajjâj afin qu’il en prenne connaissance. Les événements qui en découlèrent, ainsi que le détail des conflits avec Ibn al-Ash‘ath, seront rapportés dans les années suivantes.
La même année, al-Hajjâj mobilisa des armées depuis Bassora, Koufa et d’autres régions pour combattre Rutabîl, le roi des Turcs, en représailles de ceux qui avaient été tués parmi les compagnons de ‘Ubayd Allâh ibn Abî Bakra l’année précédente. Il leva une troupe de quarante mille hommes, soit vingt mille de chaque province, et plaça ‘Abd al-Rahmân ibn Muhammad ibn al-Ash‘ath à leur tête. Pourtant, al-Hajjâj haïssait ce dernier au plus haut point, au point de déclarer : « Chaque fois que je le vois, je songe aussitôt à le tuer. » Un jour, Ibn al-Ash‘ath se présenta chez al-Hajjâj en présence de ‘Âmir al-Sha‘bî (6), et il dit : « Regarde… »