Il se souleva à l’époque de Musʿab ibn az-Zubayr, s’empara de nombreuses forteresses et de plusieurs régions, et ses hauts faits de guerre sont célèbres. Al-Ḥajjāj envoya contre lui de grandes armées qu’il mit en déroute. On raconte qu’un homme parmi certains Harourites s’avança contre lui, monté sur un cheval efflanqué et tenant à la main une barre de fer. Lorsqu’il se rapprocha, Qaṭarī découvrit son visage et cet homme prit aussitôt la fuite. Qaṭarī lui lança : « Où vas-tu ? N’as-tu pas honte de fuir sans avoir vu ni coup de lance ni coup d’épée ? » L’autre lui répondit : « Il n’y a pas de honte à fuir devant quelqu’un comme toi. »
Sur la fin de son aventure, Sufyān ibn al-Abbard al-Kalbī marcha contre lui avec une armée : ils livrèrent bataille à Ṭabaristān. Le cheval de Qaṭarī trébucha et le désarçonna. Ils l’assaillirent alors et le tuèrent, puis envoyèrent sa tête à al-Ḥajjāj. D’aucuns disent qu’il fut tué par Sawrah ibn Abjar ad-Dārimī (1). En dépit de son extrême bravoure et de son audace, Qaṭarī ibn al-Fujāʾah était l’un des orateurs arabes célèbres pour leur éloquence, pour la qualité de leurs discours et la beauté de leurs poèmes.
Parmi ses plus beaux vers, on trouve ceux-ci, dont il se servait pour s’encourager lui-même et encourager autrui, et quiconque les écoute en tire profit :
« Je lui dis alors qu’elle s’était éparpillée :
“De grâce, ne t’effraie point !
Car si tu réclamais ne fût-ce qu’une journée de sursis,
Au terme qui t’est fixé, tu ne serais pas exaucée.
Endure donc, endure la mort sur le champ de bataille,
Car l’éternité n’est guère à la portée des hommes.
Et le vêtement de la vie n’est point un habit d’honneur
Que l’on puisse soustraire à celui qui capitule.
La voie de la mort est le destin de toute créature,
Et son héraut appelle tous ceux qui foulent la terre.
Celui à qui l’on n’abrège pas son existence
Finira par se lasser et par atteindre la vieillesse,
Pour être finalement livré à la mort.
Il n’est nulle valeur dans une vie
Qui vous range au rang des objets sans valeur.” »
Le compilateur de la Ḥamāsa les a mentionnés, et Ibn Khallikān les a grandement admirés dans son Histoire (4).
Cette année-là vit aussi la mort de ʿUbayd Allāh ibn Abī Bakrah (5), qui était le chef de l’armée ayant pénétré en pays turc pour combattre Rutbīl, le roi des Turcs. Comme on l’a rapporté, un grand nombre de ses soldats, dont Shurayḥ ibn Hānī, furent tués à cette occasion. Un jour, ʿUbayd Allāh ibn Abī Bakrah se présenta devant al-Ḥajjāj avec une bague à la main. Al-Ḥajjāj lui demanda : « Combien de sceaux as-tu apposés de cette bague ? » Il répondit : « Sur quarante mille milliers de dinars. » Et al-Ḥajjāj de répliquer : « À quoi les as-tu donc employés ? » Il rétorqua : « À répandre le bien, secourir l’affligé, rendre la pareille à ceux qui m’ont fait preuve de bienveillance et marier des femmes de noble ascendance. »