Une poignée (1) de gens valeureux et de tempéraments ardents continuèrent à combattre avec lui contre les Turcs jusqu’à ce que la plupart des musulmans fussent anéantis. À Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons.
On rapporte qu’en ce jour-là, Shurayh ibn Hânî se mit à déclamer des vers, disant :
« Me voici rongé par la détresse et affrontant la vieillesse…
J’ai vécu parmi les polythéistes durant maintes années.
Puis j’ai connu le Prophète, l’avertisseur,
et après lui son Véridique ainsi qu’Umâr.
Et le jour de Mahrân, le jour de Tustar,
et la cohue à Siffîn et au bord du fleuve…
Hélas, comme cette vie est longue ! »
Ensuite, il combattit jusqu’à être tué – qu’Allah lui fasse miséricorde et l’agrée – et un grand nombre de ses compagnons furent également tués. Puis ceux qui purent sortir de ce lieu le firent en compagnie de ‘Ubayd Allâh ibn Abî Bakrah, depuis la terre de Rutbîl, et ils étaient peu nombreux. Lorsque cette nouvelle parvint à Al-Hajjâj, il s’empara de tout ce qui avait précédé et de tout ce qui suivit, puis il écrivit à ‘Abd Al-Malik pour l’informer de la situation et le consulter au sujet de l’envoi d’une armée nombreuse dans les contrées de Rutbîl, afin de se venger de ce qui était advenu aux musulmans en ces terres.
Quand la missive parvint à ‘Abd Al-Malik, il répondit à Al-Hajjâj en approuvant ce qu’il jugeait opportun, et l’exhorta à hâter cette entreprise. Lorsque le courrier revint à Al-Hajjâj, celui-ci rassembla des troupes et prépara une armée imposante à cette fin, ainsi qu’il sera détaillé dans l’année suivante.
[Et l’on a dit qu’aux côtés de Shurayh ibn Hânî, trente mille musulmans trouvèrent la mort, qu’on en vint à acheter le pain au prix d’un dinar, qu’ils endurèrent de graves épreuves et qu’un grand nombre d’entre eux mourut également de faim. Nous appartenons à Dieu et à Lui nous retournons. Quant aux musulmans, ils tuèrent également un grand nombre de Turcs, bien plus que ceux qui périrent parmi les leurs.]
(4) On raconte qu’en cette même année, Shurayh demanda à être déchargé de sa fonction de juge et Al-Hajjâj l’en dispensa, nommant à sa place Abû Bardah ibn Abî Mûsâ al-Ash‘arî (5). [La biographie de Shurayh a déjà été mentionnée à l’occasion de son décès l’année précédente, et Dieu est plus savant.]
Selon Al-Wâqidî, Abû Ma‘shar et plusieurs historiens : cette année-là, Abân ibn ‘Uthmân, alors gouverneur de la ville bénie du Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui – dirigea le pèlerinage des fidèles.
Durant cette même année, Qatari ibn al-Fujâ’ah at-Tamîmî, Abû Na‘âmah, le kharijite (6), fut tué. Reconnu aussi parmi les grands guerriers, il aurait passé vingt ans durant lesquels ses partisans kharijites le considéraient comme calife. Il connut maints faits et batailles face à l’armée d’al-Muhallab ibn Abî Sufrah, envoyée par Al-Hajjâj et d’autres. Nous en avons déjà relaté une partie dans les passages adéquats.