L’hiver,
Et il leur disait : « Sortez, afin que je vous montre les anges. » Alors il les menait au couvent de Marrân (1) et leur montrait un homme à cheval. Un grand nombre de gens le suivirent de cette manière, et son affaire se propagea dans la mosquée ; son cercle de partisans et de fidèles s’élargit jusqu’à ce que l’affaire parvînt à al-Qâsim ibn Mukhaymara. Celui-ci rapporta : « Il me présenta sa cause et me fit prêter allégeance, à condition que si j’approuvais ce qu’il disait, je l’accepterais, et si je le rejetais, je garderais le silence. »
Alors il lui dit : « Je suis un Prophète. » Al-Qâsim répondit : « Tu mens, ennemi de Dieu, tu n’es pas un Prophète. » Dans une autre version, il lui aurait déclaré : « Tu es plutôt l’un de ces imposteurs et menteurs dont le Messager de Dieu (que la paix et le salut soient sur lui) a parlé : “L’Heure ne surviendra pas avant que n’apparaissent trente imposteurs menteurs, chacun prétendant être un Prophète.” (2) Et tu es l’un d’entre eux, tu n’as pas d’allégeance que je doive tenir. » Puis il se leva et sortit auprès d’Abû Idrîs, qui était alors chargé de la magistrature à Damas ; il l’informa de ce qu’il avait entendu de la part de Hârith. Abû Idrîs répondit : « Nous le connaissons », puis il en informa ‘Abd al-Malik.
Dans une autre version, on raconte que Makhûl et ‘Abd Allâh ibn Abî Zâ’ida entrèrent chez Hârith, et celui-ci les invita à reconnaître sa prétendue prophétie. Ils le traitèrent alors de menteur et rejetèrent ses dires, puis ils se rendirent auprès de ‘Abd al-Malik et l’informèrent de son cas. ‘Abd al-Malik le rechercha avec ardeur, si bien que Hârith se cacha et se rendit à la maison de Bayt al-Maqdis (Jérusalem), où il continua d’appeler secrètement les gens à sa cause. ‘Abd al-Malik, très préoccupé par son affaire, se mit en route pour al-Ṣinnabra (3) et y fit halte. Là, un homme originaire de Bassora qui était entré auprès de Hârith à Bayt al-Maqdis vint l’informer de son cas et de l’endroit où il se trouvait. Il sollicita ‘Abd al-Malik pour qu’il lui envoie un groupe de soldats turcs afin de s’emparer de lui. Celui-ci envoya donc une troupe et écrivit au gouverneur de Jérusalem de se conformer aux ordres de cet homme et d’exécuter ce qu’il lui dirait.
Lorsque cet homme arriva à Bayt al-Maqdis avec ses troupes, le gouverneur se mit à sa disposition. Il lui ordonna de rassembler autant de cierges que possible et d’en donner un à chaque homme. Puis, lorsqu’il leur dirait de les allumer la nuit, ils les allumeraient tous dans les rues et ruelles, afin qu’aucun mouvement ne reste caché. Cet homme se dirigea en personne vers la demeure où se trouvait Hârith et dit à son portier : « Demande l’autorisation d’entrer auprès du Prophète de Dieu ! » Le portier répondit : « À cette heure-ci, on ne peut pas être admis auprès de lui avant le matin. »
Le Bassrien s’écria alors : « Scellez (vos montures) ! ». Les gens allumèrent leurs cierges et la nuit devint aussi claire que le jour. Le Bassrien pénétra dans la maison et Hârith disparut en se réfugiant dans un souterrain. Ses partisans dirent : « Jamais ils ne parviendront jusqu’au Prophète de Dieu ! Il a été élevé au ciel ! » Le Bassrien plongea alors la main dans ce souterrain, trouva son vêtement et l’agrippa pour le faire sortir, puis s’adressa aux Farghâniens turcs du calife en disant : « Prenez-le en charge. » Ils l’attrapèrent, l’attachèrent et le mirent aux fers. On raconte que fers et chaînes tombaient à plusieurs reprises de son cou et qu’ils les remettaient aussitôt.
Pendant ce temps, il répétait : « Dis : Si je m’égare, je ne m’égare qu’à mon propre détriment ; et si je suis bien guidé, c’est grâce à ce que mon Seigneur me révèle, car Il est Audient et Proche. » [Saba’ : 50]. Et il dit aux Turcs : « “Allez-vous tuer un homme qui dit : Mon Seigneur est Dieu ?” » [Ghafir : 28]. Ils lui répondirent dans leur langue : « Voilà notre Quran (Krânanâ), alors montre-nous le tien (Krânak). » Autrement dit : « Ceci est notre Coran, présente-nous donc le tien ! » Puis ils l’emmenèrent auprès de ‘Abd al-Malik.