Au cours de cette même année, ʿAbd al-Malik ibn Marwān, Commandeur des croyants, mit à mort al-Ḥārith ibn Saʿīd, le faux prophète imposteur (1). On rapporte aussi qu’il se nommait al-Ḥārith ibn ʿAbd al-Raḥmān ibn Saʿd (2) al-Dimašqī, affranchi d’Abū al-Ǧallās al-ʿAbdarī, tandis que d’autres disent qu’il était l’affranchi d’al-Ḥakam ibn Marwān (3). Il était originaire de la région de al-Ḥawla, puis il s’installa à Damas, où il s’adonna à l’adoration, à la dévotion et à l’ascèse. Cependant, il fut victime de ruse, rebroussa chemin, se détourna des signes de Dieu, Exalté soit-Il, quitta la troupe de Dieu, ceux qui réussissent, et fut suivi par Satan, devenant ainsi l’un des égarés. Satan ne cessa de l’inciter jusqu’à le priver de sa religion, de sa vie d’ici-bas et de l’au-delà, et le rendre malheureux et méprisable dans les deux. « Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous revenons. » Dieu nous suffit, et il n’est de force ni de puissance sinon par Dieu.
Abū Bakr ibn Abī Ḫayṯama a rapporté : « ʿAbd al-Wahhāb ibn Naǧda al-Ḥūṭī (4) nous a transmis que Muḥammad ibn Mubārak nous a rapporté, disant : “Al-Walīd ibn Muslim, s’appuyant sur le témoignage de ʿAbd al-Raḥmān ibn Ḥassān, a dit : ‘Al-Ḥārith, le menteur, était originaire de Damas. Il était l’affranchi d’Abū al-Ǧallās et avait un père dans la région de al-Ḥawla. Un jour, Satan lui apparut. C’était pourtant un homme dévot et ascète : s’il avait porté une tunique en or, on aurait encore perçu chez lui son ascèse et sa piété. Il dit : “Il m’est apparu certaines choses qui me font craindre que ce ne soit Satan qui se présente à moi.” Il écrivit alors à son père, demeurant à al-Ḥawla. Mais celui-ci ne fit qu’accroître son égarement (6).”
Son père lui répondit : “Ô mon fils, applique-toi à ce dont tu as été chargé, car Dieu – Exalté soit-Il – dit : « Voulez-vous que je vous informe sur qui les diables descendent ? (221) Ils descendent sur tout grand imposteur, pécheur. » (al-Šuʿarāʾ, 221-222). Or tu n’es ni imposteur ni pécheur, va donc au bout de ta mission.” Al-Ḥārith se rendait alors de personne en personne dans la mosquée, discutant de ses prétentions et leur faisant prêter serment de ne rien divulguer s’ils ne voyaient rien de satisfaisant.
Il montrait en effet des prodiges. Il s’approchait par exemple d’une dalle de marbre dans la mosquée, la frappait de la main et elle se mettait à proclamer la gloire de Dieu, d’une voix si limpide que l’assistance en était bouleversée. J’ai moi-même entendu notre maître, l’érudit Abū al-ʿAbbās ibn Taymiyya (qu’Allah lui fasse miséricorde), rapporter qu’il frappait cette dalle de marbre rouge située dans l’enceinte (maqṣūra) pour la faire glorifier Dieu et qu’il était en réalité un zindīq (un impie).
Selon la version d’Ibn Abī Ḫayṯama, al-Ḥārith nourrissait ses partisans de fruits d’hiver en été et de fruits d’été en hiver….”