Al-ʿAlāʾ ibn Ziyād (1), originaire de Bassora, fut l’un des serviteurs pieux parmi les gens de cette ville. Il était très craintif (devant Dieu) et particulièrement scrupuleux, il s’isolait chez lui et évitait toute compagnie. Il pleurait abondamment au point de perdre la vue. Il possédait de nombreuses vertus et mourut à Bassora cette année-là.
J’ai dit : La plupart des pleurs d’al-ʿAlāʾ ibn Ziyād commencèrent après qu’un homme du Shām (Syrie) eut rêvé de lui en le voyant parmi les gens du Paradis. Al-ʿAlāʾ lui dit alors : « Ô mon frère, puisse Dieu te récompenser pour le songe que tu as eu à mon égard. Quant à moi, ce rêve m’a laissé sans répit ni de jour ni de nuit. » Par la suite, il jeûnait plusieurs jours d’affilée sans rien manger, pleurait au point de frôler la mort et priait sans relâche. Son frère s’adressa alors à al-Ḥasan al-Baṣrī : « Viens en aide à mon frère, car il se tue à la tâche : il jeûne sans jamais rompre, prie sans dormir et pleure nuit et jour, hanté par ce rêve selon lequel il ferait partie des gens du Paradis. » Al-Ḥasan se rendit chez lui et frappa à la porte, mais Al-ʿAlāʾ ne voulut pas ouvrir. Al-Ḥasan lui dit : « Ouvre, c’est moi, al-Ḥasan. » Dès qu’il reconnut sa voix, il lui ouvrit. Al-Ḥasan lui dit : « Mon frère, qu’est-ce que le Paradis pour le croyant ? Dieu lui réserve bien plus précieux encore que le Paradis. Voudrais-tu donc te détruire toi-même ? » Il ne cessa de le raisonner ainsi jusqu’à ce qu’il mangeât, bût et réduisît quelque peu ses efforts.
Ibn Abī al-Dunyā relate qu’un jour, alors qu’il se trouvait en retraite, un homme vint à lui, lui saisit la mèche de cheveux et lui dit : « Ô jeune homme, lève-toi et invoque Dieu, afin qu’Il se souvienne de toi. » Les quelques cheveux qu’il avait saisis restèrent dressés jusqu’à sa mort.
Il est rapporté aussi qu’était élevé vers Dieu, de la part d’al-ʿAlāʾ, chaque jour, un volume d’actes pieux égal à celui de nombreux hommes réunis, comme le vit un de ses compagnons en songe. Al-ʿAlāʾ disait : « Nous sommes des gens qui nous sommes placés nous-mêmes en Enfer. Si Dieu veut nous en sortir, Il le fera. »
Il disait également : « Il y avait un homme qui recherchait la renommée dans ses actes : quand il récitait (le Coran), il retroussait son vêtement et élevait la voix ; il ne croisait personne sans l’injurier. Puis Dieu lui accorda sincérité et certitude : il baissa le ton de sa récitation et garda sa bonté entre lui et Dieu. Désormais, il ne rencontrait plus personne sans invoquer le bien pour lui. »
Sarāqa ibn Murādis (2) al-Azdī était un poète accompli. Il s’en prit par la satire à al-Ḥajjāj, qui l’exila en Syrie, où il mourut. Quant à al-Nābigha al-Jaʿdī (3), c’était également un poète connu.