Deux femmes, la grand-mère d’un garçon et sa mère, vinrent trouver le juge Shouraïh pour se disputer la garde de l’enfant, chacune affirmant : « C’est moi qui en ai le plus grand droit. »
La grand-mère déclara :
« Ô Abâ Mayyah, nous sommes venues à toi… Et tu es bien l’homme vers qui l’on accourt (1)
J’apporte son aïeule et mon fils devant toi (2)… et nous sommes toutes deux prêtes à le racheter.
Si tu étais demeurée veuve, jamais tu ne l’aurais disputé avec moi.
Tu t’es remariée ; rends-moi donc l’enfant… Ne te laisse pas emporter par l’égarement (3).
Ô juge, voici mon récit à ce sujet. »
La mère protesta :
« Ô juge, certes la grand-mère t’a parlé,
mais écoute-moi à ton tour et ne me renvoie pas (4) repoussée.
Elle te dit de t’accommoder de la perte de mon fils,
mais c’est moi qui ai porté son fardeau dans mes entrailles.
Lorsqu’il est devenu orphelin, seul et sans soutien (5),
je me suis remariée dans l’espoir du bien, avec quelqu’un qui pourvoirait à ses besoins,
quelqu’un qui me manifesterait de l’affection (6)
et qui saurait généreusement m’aider. »
Alors Shouraïh s’exprima :
« Le juge a entendu vos deux discours, puis il a prononcé son jugement ; et c’est un devoir exigeant pour le juge, s’il devait un jour faillir (7). »
S’adressant à la grand-mère, il dit :
« Présente-toi avec l’enfant… Reprends ton fils à celle qui est sujette à tant de travers.
Si elle avait fait preuve de patience, elle aurait obtenu, bien avant toute requête, ce qu’elle aspire à avoir en retour (8). »
C’est ainsi qu’il attribua l’enfant à la grand-mère.
Quant à ‘Abd ar-Razzâq (9), il rapporta : « Ma‘mar ibn ‘Awn nous raconta, d’après Ibrâhîm, que Shouraïh jugea un jour un homme sur la base de ses propres aveux. L’homme s’écria : “Ô Abû Umayyah, tu m’as condamné sans preuve !” » Shouraïh lui répondit : « Fais-moi donc part de ce que t’a confié le fils de la sœur de ta tante maternelle. »