On l’amena devant al-Hajjāj, qui ordonna qu’on lui arrachât le cœur de sa poitrine. Il apparut alors qu’il était semblable à la pierre. Shabīb était un homme grand, aux cheveux bouclés et partiellement grisonnants. Il naquit le jour de la fête du sacrifice (Eid al-Adha), l’an vingt-six (1).
Un de ses compagnons (2) fut arrêté et conduit devant ‘Abd al-Malik ibn Marwān. Celui-ci lui demanda : « N’es-tu pas l’auteur de ces vers ?
« S’il y avait parmi vous Marwān et son fils,
ainsi que ‘Amr, et parmi vous Hāshim et Ḥabīb,
alors chez nous se trouvent Ḥuṣayn, al-Baṭīn et Qa‘nab,
et chez nous est l’Émir des croyants, Shabīb. » (3)
Il répondit : « Je n’ai dit que : “Et parmi nous, l’Émir des croyants, Shabīb.” » Cette explication plut à ‘Abd al-Malik, qui le libéra. Et Dieu le Très-Haut sait mieux.
La même année, de nombreux combats eurent lieu entre al-Muhallab ibn Abī Ṣufrah — gouverneur d’al-Hajjāj — et les kharijites appartenant à la faction des Azāriqa, dirigés par Qaṭarī ibn al-Fujā’a. Ce dernier était aussi l’un des cavaliers valeureux et renommés. Ses partisans se dispersèrent cette année-là, et l’on ignore où il s’enfuit. Il y eut diverses escarmouches et affrontements entre eux, dont Abū Ja‘far (Ibn Jarīr) a donné de longs détails dans son « Tārīkh » (4).
Ibn Jarīr rapporte également (5) qu’au cours de cette année, Bukayr ibn Wishāḥ — qui était gouverneur du Khurāsān — se révolta contre Umayya ibn ‘Abd Allāh ibn Khālid. En effet, Bukayr poussa la population à l’attaquer, puis le trahit et le tua. Abū Ja‘far développe amplement cet épisode dans son « Tārīkh ».
Cette année vit aussi la mort de Shabīb ibn Yazīd al-Khārijī, comme nous l’avons déjà mentionné. Son courage et sa bravoure équestre étaient remarquables : on n’a guère vu, après les Compagnons (du Prophète), un équivalent si ce n’est al-Ashtar, son fils Ibrāhīm, Muṣ‘ab ibn al-Zubayr, son frère ‘Abd Allāh, ou encore ceux qu’on assimile à ces combattants, à l’exemple de Qaṭarī ibn al-Fujā’a parmi les Azāriqa kharijites.