Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il dit : « [Afin que Dieu accomplisse un ordre qui devait être exécuté] » (Al-Anfâl, 42). Puis il s’immergea dans l’eau, remonta à la surface et déclara : « [Tel est le décret du Puissant, de l’Omniscient] » (Al-An‘âm, 96). Ensuite, il se noya. Lorsque les kharijites constatèrent qu’il avait réellement sombré dans l’eau, ils poussèrent des acclamations et se dispersèrent aux quatre coins du pays. Alors survint le commandant de l’armée d’al-Hajjâj, qui tira Shabîb de l’eau : il portait encore sa cotte de mailles. Le commandant ordonna qu’on lui ouvre la poitrine (1) et en extraisit le cœur : il était ferme et solide, tel un rocher, au point qu’ils le jetaient à terre et qu’il rebondissait à la hauteur d’un homme.

(1) On rapporte aussi qu’il se trouvait avec Shabîb des hommes qui le haïssaient pour les torts qu’il avait causés à leurs tribus. Lorsqu’il restait à l’arrière de la troupe (la « sâqa »), ils tinrent conseil en disant : « Coupons le pont alors qu’il s’y trouve. » Ils mirent leur plan à exécution : les bateaux sur lesquels reposait le pont chavirèrent, son cheval prit peur et il tomba à l’eau, où il se noya. Ils s’écrièrent : « Le Commandeur des croyants s’est noyé ! » L’armée d’al-Hajjâj s’en aperçut à son tour et vint extraire le corps.

(2) Lorsque la nouvelle de la mort de Shabîb parvint à sa mère, elle dit : « Vous avez raison. J’avais rêvé, alors que j’étais enceinte de lui, qu’une flamme de feu sortait de moi. J’ai su alors que le feu ne s’éteindrait que par l’eau, et que lui-même s’éteindrait par l’eau. » Sa mère était une esclave prénommée Jahîza (3), reconnue pour sa beauté et son courage inégalé. Elle combattait aux côtés de son fils lors des guerres.

(3) Le juge Ibn Khallikân (4) rapporte qu’elle fut tuée dans cette bataille, tout comme mourut sa femme Ghazâla, elle aussi d’une bravoure exceptionnelle et membre des kharijites. [On dit qu’elle combattait avec tant d’ardeur que même les grands héros parmi les hommes ne pouvaient rivaliser.] Al-Hajjâj la redoutait énormément, au point que certains poètes composèrent à son sujet (5) :
« Un lion contre moi, mais dans la bataille une autruche
Qui sursaute, terrifiée par le sifflement du siffleur !
Pourquoi donc n’as-tu pas fait face à Ghazâla sur le champ de bataille ?
Ton cœur était dans les ailes d’un oiseau ! »

(4) Shabîb, de son nom complet Shabîb ibn Yazîd ibn Nu‘aym ibn Qays ibn ‘Amr ibn al-Salt ibn Qays ibn Sharâhîl ibn Ṣabra ibn Dhuhl ibn Shaybân [al-Shaybânî], réclamait pour lui-même le califat et se faisait appeler « Commandeur des croyants ». [Et si Dieu ne l’avait pas anéanti par la noyade, il aurait acquis le califat, si Dieu le veut, et nul n’aurait pu s’en emparer à sa place] (6). Cependant, Dieu le renversa par l’intermédiaire d’al-Hajjâj quand le calife ‘Abd al-Malik envoya contre lui l’armée syrienne. Shabîb se déroba à plusieurs reprises, jusqu’au moment où son cheval le précipita du pont dans la rivière Dijayl (7). Un homme lui lança : « Te noies-tu, ô Commandeur des croyants ? » Il répondit : « [Tel est le décret du Puissant, de l’Omniscient] » (Al-An‘âm, 96). Puis on le retira de l’eau.

(1) Le rapport se trouve chez al-Ṭabarī (6/281-282), Ibn al-Athīr (4/433) et Mawrūj adh-Dhahab (3/169). (2) Entre parenthèses, c'est un ajout de Ṭ, et le rapport est dans l'histoire d'al-Ṭabarī (6/281). (3) Jahīzah : avec un fatḥah sur le jīm, un kasrah sur le hāʾ et un sukūn sur le yāʾ doublé, suivi d'un fatḥah sur le zāy, puis d'un hāʾ Sākinah ; cette forme est notée par Ibn Khallikān dans « Wafayāt al-Aʿyān » (2/457). (4) Wafayāt al-Aʿyān (2/455). (5) Il s'agit dʿImrān ibn Ḥiṭṭān, comme mentionné dans « al-Aghānī » (18/116) et le recueil poétique des Khawārij (25). (6) Le passage entre parenthèses est omis d’ā, b, et la phrase est remplacée par : « Qāla » (il a dit). (7) Djayl : rivière dans le district d'Ahwāz, creusée par Artaxerxès, fils de Babak, l'un des rois des Perses ; sa source est à la région d'Iṣfahān et son embouchure dans le golfe Persique près d'ʿAbbādān ; c'est là que s'est noyé Shabīb al-Khārijī (cf. Muʿjam al-Buldān 2/443).
فقال: ﴿لِيَقْضِيَ اللَّهُ أَمْرًا كَانَ مَفْعُولًا﴾ [الأنفال: ٤٢] ثم انغمر في الماء ثم ارتفع وهو يقول: ﴿ذَلِكَ تَقْدِيرُ الْعَزِيزِ الْعَلِيمِ﴾ الأنعام: ٩٦] فغرق. فلما تحققت الخوارج سقوطه في الماء كبروا وانصرفوا ذاهبين متفرقين في البلاد، وجاء أمير جيش الحجاج فاستخرج شبيبًا من الماء وعليه درعه، ثم أمر به فشق صدره (١) فاستخرج قلبه فإذا هو مجتمع صلب كأنه صخرة، وكانوا يضربون به الأرض فيرتفع قامة الإنسان. [وقيل: إنه كان معه رجال قد أبغضوه لما أصاب من عشائرهم، فلما تخلف في الساقة اشتوروا وقالوا نقطع الجسر به ففعلوا ذلك فمالت السفن بالجسر ونفر فرسه فسقط في الماء فغرق، ونادوا غرق أمير المؤمنين، فعرف جيش الحجاج ذلك فجاؤوا فاستخرجوه] (٢) . ولما نعي شبيب إلى أمه قالت: صدقتم إني كنت رأيت في المنام وأنا حامل به أنه قد خرج منها شهاب من نار فعلمت أن النار لا يطفئها إلا الماء، وأنه لا يطفئه إلا الماء، وكانت أمه جارية اسمها جَهِيزة (٣) ، وكانت جميلة، وكانت من أشجع النساء، تقاتل مع ابنها في الحروب. وذكر القاضي ابن خلكان (٤) : أنها قتلت في هذه الغزوة وكذلك قتلت زوجته غزالة، وكانت أيضًا شديدة البأس خارجية [تقاتل قتالًا شديدًا يعجز عنه الأبطال من الرجال] وكان الحجاج يخاف منها أشد خوف حتى قال فيه بعض الشعراء (٥) : أَسَدٌ عليَّ وفي الحروبِ نَعَامةٌ … فَتَخاءُ تَنْفِرُ من صَفير الصَّافرِ هَلَّا بَرَزْتَ إلى غزالة في الوَغَا … بلْ كان قلبُكَ في جناحيْ طائرِ قال: وقد كان شبيب بن يزيد بن نُعيم بن قيس بن عمرو بن الصَّلْت بن قيس بن شراحيل بن صبرة بن ذهل بن شيبان [الشيباني] يدّعي الخلافة ويتسمى بأمير المؤمن [ولولا أن الله تعالى قهره بما قهره به من الغرق لنال الخلافة إن شاء الله، ولما قدر عليه أحد] (٦) وإنما قهره الله على يدي الحجاج لما أرسل إليه أمير المؤمنين عبد الملك بعسكر الشام لقتاله فهرب شبيب غير مرة، ولما ألقاه جواده على الجسر في نهر دجيل (٧) قال له رجل: أغرقًا يا أمير المؤمنين؟ قال ﴿ذَلِكَ تَقْدِيرُ الْعَزِيزِ الْعَلِيمِ﴾ [الأنعام: ٩٦] قال ثم أخرج
(١) الخبر في الطبري (٦/ ٢٨١ - ٢٨٢) وابن الأثير (٤/ ٤٣٣) ومروج الذهب (٣/ ١٦٩). (٢) ما بين معكوفين زيادة من ط، والخبر في تاريخ الطبري (٦/ ٢٨١). (٣) جهيزة: بفتح الجيم وكسر الهاء وسكون الياء المثناة من تحتها وفتح الزاي وبعدها هاء ساكنة، قيدها ابن خلكان في وفيات الأعيان (٢/ ٤٥٧). (٤) وفيات الأعيان (٢/ ٤٥٥). (٥) وهو عمران بن حطان، كما في الأغاني (١٨/ ١١٦) وديوان شعر الخوارج (٢٥). (٦) ما بين معكوفين ساقط من أ، ب وبدل العبارة: قال. (٧) دجيل: نهر بالأهواز حفره أردشير بن بابك أحد ملوك الفرس، ومخرجه من أرض أصبهان ومصبه في بحر فارس قرب عبادان، وفيه غرق شبيب الخارجي (معجم البلدان ٢/ ٤٤٣).

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