À propos d’eux, Al-Hajjaj s’écria : « Ô vous, gens de l’écoute et de l’obéissance, agissez de la sorte ! » Puis, il ordonna qu’on avance le siège sur lequel il était assis. Ensuite, il ordonna à Shabib, surnommé « Al-Muhallil », de charger ; il le fit et ils résistèrent à son assaut. Al-Hajjaj avança de nouveau son siège. Shabib attaqua alors à la tête de sa petite troupe ; ils tinrent bon contre lui jusqu’à ce qu’il atteigne les pointes des lances (1). Soudain, ils bondirent face à lui et livrèrent un long combat. Puis, les gens du Shâm le harcelèrent de leurs lances (2) jusqu’à ce qu’il rejoigne ses compagnons.
Lorsqu’il vit leur résistance, Shabib s’écria : « Ô Souwayd, charge à la tête de ta cavalerie sur les habitants de cette rue (3) pour que tu les en chasses, et viens ensuite à Al-Hajjaj depuis l’arrière, tandis que nous l’attaquerons de front. » Il chargea, mais cela ne servit à rien, car Al-Hajjaj avait placé ‘Ourwa ibn Al-Mughîra ibn Shu‘ba à la tête de trois cents cavaliers pour défendre ses arrières et empêcher qu’on ne les prenne de dos. Al-Hajjaj était également expérimenté dans l’art de la guerre. Alors Shabib exhorta ses hommes à lancer la charge ; Al-Hajjaj le comprit et déclara : « Ô vous, gens de l’écoute et de l’obéissance, résistez à cette ultime attaque, puis, par le Seigneur du ciel et de la terre, il n’y a rien d’autre que la victoire ! » Ils s’agenouillèrent sur leurs genoux tandis que Shabib et tous ses hommes chargeaient. Quand il parvint à leur hauteur, Al-Hajjaj appela la foule, qui se jeta sur Shabib. Ils ne cessèrent de le frapper et de le harceler de coups de lance, ayant le dessus sur Shabib et ses hommes et les repoussant au-delà de leurs positions. Shabib cria à ses soldats : « Ô alliés de Dieu, tenez bon au sol, tenez bon ! » puis il mit pied à terre, suivi de ses hommes.
Al-Hajjaj s’écria : « Ô gens du Shâm, ô gens de l’écoute et de l’obéissance, voilà le début de la victoire, et par Celui qui tient mon âme entre Ses mains ! » Il monta alors sur la mosquée qui se trouvait là et resta à observer les deux camps. Shabib était accompagné d’environ vingt hommes munis d’arcs (4). Les deux parties s’affrontèrent durement tout le jour, livrant l’un des combats les plus acharnés qui soient, chacun reconnaissant la bravoure de l’autre. Al-Hajjaj, toujours en position élevée, continuait de regarder.
Sur ces entrefaites, Khâlid ibn ‘Attâb demanda à Al-Hajjaj la permission de prendre la tête d’une troupe pour surprendre les Khâridjites par derrière, ce qu’Al-Hajjaj accepta. Khâlid partit alors, suivi d’environ quatre mille hommes. Il pénétra dans le camp des Khâridjites par l’arrière et tua Musâd, le frère de Shabib, ainsi que Ghazâla, l’épouse de Shabib, que mit à mort un certain Furwa ibn Ad-Daffân Al-Kalbî (5). Ils infligèrent aussi une brèche dans les rangs de Shabib. Al-Hajjaj et ses hommes s’en réjouirent et poussèrent des acclamations.
Shabib et les siens se replièrent, chacun sur sa monture. Al-Hajjaj ordonna qu’on se lance à leur poursuite. Les troupes chargèrent, dispersant les Khâridjites. Shabib fermait la marche pour protéger les siens, puis il reprit la route, mais fut talonné par les poursuivants. Il était si épuisé qu’il s’assoupissait sur son cheval, la tête vacillant à plusieurs reprises, tandis que les poursuivants se rapprochaient. Quelques-uns de ses hommes le mettaient en garde contre le danger de s’endormir en un tel moment, mais il n’y prêtait pas attention et retombait de nouveau de sommeil.
La situation s’éternisant, Al-Hajjaj envoya alors dire à ses hommes : « Laissez-le dans la fournaise du feu (6). » Ils l’abandonnèrent et rebroussèrent chemin.