Al-Achʿath(1) ne rencontra pas Shabīb et rebroussa chemin. À sa place, il dépêcha ʿUthmān ibn Qaṭan al-Ḥārithī. Ils s’affrontèrent à la fin de l’année, et ʿUthmān ibn Qaṭan fut tué ; ses troupes prirent la fuite après que six cents de ses compagnons eurent péri. Parmi leurs notables figuraient ʿAqīl ibn Shaddād as-Salūlī, Khālid ibn Nuhayk al-Kindī et al-Aswad ibn Rabīʿa. La puissance de Shabīb s’affermit, au point quʿAbd al-Malik ibn Marwān, al-Ḥajjāj et tous les gouverneurs s’en trouvèrent ébranlés. ʿAbd al-Malik le craignit vivement et envoya contre lui une armée du Shām, qui arriva l’année suivante, bien que la troupe de Shabīb ne fût alors qu’une poignée d’hommes(2). Pourtant, il avait semé la terreur dans le cœur des gens(3). De nombreux événements se produisirent, dont le récit détaillé serait trop long à rapporter. Ainsi allaient les choses entre Shabīb et ses adversaires jusqu’à la fin de cette année.
Ibn Jarīr(4) rapporte : « En cette année, ʿAbd al-Malik ibn Marwān fit graver des inscriptions sur les dirhams et les dīnārs ; il fut le premier à le faire. » Al-Qāḍī al-Māwardī, dans son livre “Al-Aḥkām as-Sulṭānīyah”(5), dit : « Les savants divergent quant à savoir qui, le premier, fit frapper la monnaie en arabe sous l’islam. » Saʿīd ibn al-Musayyib déclara : « Le premier à frapper des dirhams portant une inscription fut ʿAbd al-Malik ibn Marwān. Jusque-là, les dīnārs étaient romains et les dirhams persans. » Abū az-Zinād affirma : « Cela se produisit en soixante-quatorze(6). » Quant à al-Madāʾinī, il mentionna : « Ce fut en soixante-quinze, et ces pièces furent frappées dans diverses contrées en soixante-seize(7). » Il précisa qu’on fit graver sur une face : « Dieu est Un », et sur l’autre : « Dieu, l’Absolu » (Allāh aṣ-Ṣamad). Il raconta encore, selon le témoignage de Yaḥyā ibn an-Nuʿmān al-Ghifārī, tenant lui-même ce dire de son père, que le premier à avoir frappé des dirhams fut Muṣʿab ibn az-Zubayr, sur ordre de son frère ʿAbd Allāh ibn az-Zubayr, en l’an soixante-dix, suivant le modèle perse. Y figuraient l’inscription « Baraka » d’un côté et « Dieu » de l’autre. Par la suite, al-Ḥajjāj les modifia et y inscrivit son nom sur l’une des faces(8), avant qu’elles ne fussent définitivement adoptées.