Cent soixante cavaliers, voilà qui est des plus étonnants. Puis il prit un autre chemin jusqu’à ce qu’il fût en face de Koufa, décidé à l’assiéger. L’armée au complet sortit alors vers la Sebkha pour l’affronter. La nouvelle lui parvint, mais il n’y prêta pas attention. Les gens, quant à eux, furent troublés et effrayés par lui, se dispersèrent et envisagèrent de se réfugier dans Koufa par crainte. On leur dit alors que Souwayd ibn ‘Abd al-Rahmân les talonnait et s’était déjà approché d’eux.
De son côté, Chabîb se posa aux environs d’al-Madâ’in, dans un monastère, sans redouter ses adversaires ni s’en inquiéter. Il ordonna qu’on lui préparât de la nourriture et de la viande rôtie. Quelqu’un l’avertit : « Les troupes arrivent, sauve-toi ! », mais il ne s’en soucia guère et dit au dîhkân (le notable terrien) qui lui cuisait la viande : « Prépare-la, cuis-la bien et hâte-toi. » Lorsque le repas fut prêt, il le mangea, fit alors des ablutions complètes, puis il accomplit avec ses compagnons [une prière complète, en longueur et dans la quiétude]. Ensuite, il revêtit sa cotte de mailles, s’équipa de deux épées, saisit un bâton de fer et déclara : « Sellez-moi la mule. »
Il la monta et son frère, Mossâd, lui dit : « En ce jour où l’ennemi est partout autour de toi, tu te déplaces à dos de mule ? » Il répondit : « Non ! Car tout événement a son terme arrêté. » Il se mit donc en selle, ouvrit la porte du monastère où il se trouvait et s’exclama :
« Je suis Abû al-Mudallah,
il n’est de jugement que celui de Dieu. »
Il s’avança alors vers le chef de l’armée la plus proche et l’abattit d’un coup de bâton de fer ; il s’agissait de Sa‘îd ibn al-Mujâlid. Puis, il fondit sur un autre groupe compact et terrassa également son émir. Les soldats s’enfuirent devant lui pour se réfugier à Koufa. Il se dirigea ensuite vers Koufa par le bas de l’Euphrate, tuant au passage plusieurs personnes, tandis que le gouverneur al-Hajjâj quittait précipitamment la ville de Koufa pour fuir à Bassora. Il confia l’intendance de Koufa à ‘Urwah ibn al-Mughîrah ibn Shu‘bah. Chabîb approcha alors de Koufa pour y pénétrer. Les seigneurs terriens (dahâqîn) informèrent ‘Urwah de la situation, si bien que celui-ci écrivit à al-Hajjâj pour l’en avertir. Al-Hajjâj quitta alors rapidement Bassora, prit la route de Koufa en hâte, mais Chabîb s’empressa d’aller vers Koufa avant lui. Cependant, al-Hajjâj parvint à y entrer avant la tombée de la nuit et s’y installa dans l’après-midi (1).
Chabîb arriva au Murbad au coucher du soleil. Puis, à la fin de la nuit, il s’introduisit dans Koufa et se dirigea vers le palais du gouverneur, frappant sa porte avec son bâton de fer, au point d’y laisser une marque que l’on montra ensuite en disant : « C’est la frappe de Chabîb. » Il sillonna ensuite les ruelles de la ville et rejoignit les quartiers des différentes tribus, tuant plusieurs notables de Koufa et des chefs parmi eux [dont Abû Sulaym, le père de Layth ibn Abî Sulaym, ‘Adî ibn ‘Amr, et Azhar ibn ‘Abd Allâh al-‘Âmirî, ainsi que nombre d’autres habitants de Koufa]. Son épouse, Ghazâla (2), reconnue pour sa bravoure, l’accompagnait. Elle entra dans la grande mosquée de Koufa, s’assit sur son minbar et se mit à décrier les Banû Marwân (3).
Al-Hajjâj fit alors proclamer : « Ô cavalerie de Dieu, en selle ! » Chabîb sortit de Koufa [pour un nouvel assaut] et al-Hajjâj envoya à ses trousses six mille soldats. Ceux-ci le poursuivirent, [tandis que lui, en tête, somnolait par instants et dodelinait de la tête]. À maintes reprises, Chabîb attaqua ses poursuivants par surprise, tuant un grand nombre de soldats de l’armée d’al-Hajjâj, ainsi que plusieurs émirs, parmi lesquels Zâ’idah ibn Qudâmah (un cousin d’al-Mukhtâr), que Chabîb tua [ce qui amena alors al-Hajjâj à dépêcher contre lui ‘Abd al-Rahmân ibn …].