Il l’accabla alors d’un blâme sévère, traitant son affaire avec dérision et mépris. Un groupe de gens se rallia à lui et, de son côté, Shabîb ibn Yazîd al-Khâridjî lui écrivit pour lui reprocher sa lenteur à se soulever, tout en l’y encourageant et l’y exhortant fortement. Par la suite, Shabîb rejoignit Sâlih à Bâdârâ, où ils se donnèrent rendez-vous et convinrent de se révolter au tout début de Ṣafar de l’année à venir – c’est-à-dire l’an soixante-seize (76). (1)
Shabîb arriva alors auprès de Sâlih accompagné de son frère Mâṣad, d’al-Muḥallil, (1) d’al-Faḍl ibn ‘Âmir et d’autres combattants parmi les plus vaillants, formant à Bâdârâ un groupe d’environ cent dix hommes. Ils se jetèrent ensuite sur les chevaux appartenant à Muḥammad ibn Marwân, s’en emparèrent et s’enfuirent avec eux. (2) Il se produisit par la suite ce qui s’est produit, comme nous le mentionnerons lorsque nous aborderons les événements de l’année suivante, si Dieu le veut.
[Parmi ceux qui moururent au cours de cette même année, selon l’avis d’Abû Sahar et d’Abû ‘Ubayd, on compte] al-‘Irbâḍ ibn Sâriya as-Sulamî, Abû Najîḥ, qui vécut à Ḥimṣ. C’était un noble Compagnon. Il embrassa l’islam très tôt, en même temps qu‘Amr ibn ‘Abasa, et s’installa à la Ṣuffa. Il fit partie des «pleureurs» mentionnés dans le Coran, comme nous l’avons déjà signalé en énumérant leurs noms à propos de la parole divine : «Et il n’y a pas de reproche non plus à adresser à ceux qui, lorsqu’ils vinrent à toi pour que tu leur fournisses une monture, tu leur dis : “Je ne trouve pas de monture pour vous.” Ils s’en retournèrent les yeux débordant de larmes, tristes de ne pas trouver de quoi dépenser» (Sourate at-Tawbah, 9 : 92). Ils étaient neuf (4).
C’est lui qui nous a transmis le hadith suivant : «Le Messager de Dieu (ﷺ) nous adressa un sermon qui fit trembler les cœurs et couler les larmes, au point que nous dîmes : “Ô Messager de Dieu, on dirait un sermon d’adieu, donne-nous donc des recommandations.” Il répondit : “Je vous recommande de faire preuve de crainte pieuse envers Dieu, et d’obéir à vos dirigeants, même si c’est un esclave abyssin qui vous gouverne, dont la tête serait pareille à un raisin sec. Conformez-vous à ma Sunna et à celle des califes bien-guidés qui viendront après moi. Agrippez-vous-y avec force. Gardez-vous d’introduire des innovations, car toute nouveauté est une hérésie…”» (5).