On raconte que lorsque les kharijites affrontèrent les troupes lors de cet épisode, cela se produisit un mercredi, alors qu’il restait vingt jours de Ramadan. Ils livrèrent un combat acharné, sans précédent pour des kharijites. Les kharijites chargèrent l’armée d’al-Muhallab ibn Abî Sufrah, la contraignant à se replier vers son camp. De son côté, ‘Abd al-Rahmân le renforçait continuellement en lui envoyant cavalier après cavalier, homme après homme. Puis les kharijites se dirigèrent vers le camp de ‘Abd al-Rahmân ibn Makhnif vers la fin de l’après-midi et le combattirent jusqu’à la nuit. ‘Abd al-Rahmân fut tué au milieu de la nuit, accompagné d’un groupe important de ses compagnons qui étaient restés à ses côtés. Quand le matin se leva, al-Muhallab vint, accomplit la prière funéraire sur lui, l’enterra, puis écrivit au gouverneur al-Hajjâj pour l’informer de son décès. Al-Hajjâj fit part de ses condoléances à ‘Abd al-Malik, et celui-ci annonça la nouvelle de sa mort aux pèlerins à Minâ. Al-Hajjâj nomma ‘Attâb ibn Warkâ’ pour le remplacer et lui adressa une lettre dans laquelle il lui ordonnait d’obéir à al-Muhallab. ‘Attâb en éprouva du déplaisir, mais ne put s’exempter d’obéir à al-Hajjâj, ni n’eut la possibilité de discuter son ordre.
Il se rendit donc auprès d’al-Muhallab, mais ne lui obéissait qu’en apparence et lui désobéissait en secret. Ils en vinrent à se quereller, si bien qu’al-Muhallab faillit s’en prendre à ‘Attâb, mais les gens se mirent entre eux pour les séparer. Alors ‘Attâb écrivit à al-Hajjâj pour se plaindre d’al-Muhallab. Celui-ci répondit en lui ordonnant de se présenter en personne et le déchargea de son rôle. Al-Muhallab plaça alors son fils Habîb ibn al-Muhallab à la tête des troupes.
Pendant cette même année, Dâwud ibn al-Nu‘mân al-Mâzinî se révolta dans les environs de Bassora. Al-Hajjâj lui dépêcha un chef à la tête d’un détachement, qui le tua.
Ibn Jarîr rapporte qu’au cours de cette année, Sâlih ibn Musarraḥ, l’un des Banû Imri’ al-Qays, se manifesta. Il défendait la doctrine des Sufrites, et l’on dit même qu’il fut le premier à s’être insurgé parmi cette branche kharijite. La cause de son soulèvement fut qu’il se rendit au pèlerinage cette année-là, accompagné de Chabîb ibn Yazîd, al-Batîn et d’autres chefs kharijites. Le pèlerinage de l’émir des croyants ‘Abd al-Malik ayant coïncidé avec le leur, Chabîb projeta de l’assassiner. ‘Abd al-Malik l’apprit et, après son retour du pèlerinage, il écrivit à al-Hajjâj afin qu’il les recherche.
Sâlih ibn Musarraḥ se rendait souvent à Koufa et y séjournait. Il avait un groupe de partisans originaires de Dârâ et de la région de Mawsil (Mossoul), qui recouraient à lui et croyaient en lui. Il leur enseignait le Coran et leur faisait des exhortations. Il avait le visage amaigri (jauni) et pratiquait beaucoup d’actes d’adoration. Lorsqu’il prêchait, il commençait par faire la louange de Dieu, puis prononçait l’éloge du Prophète, avant d’appeler au détachement du monde terrestre et à l’aspiration à la vie dernière. Il les exhortait à se souvenir de la mort, invoquait la miséricorde divine pour les deux shaykhs Abû Bakr et ‘Umar, et les couvrait d’éloges. Ensuite, il rappelait ‘Uthmân (– qu'Allah soit satisfait de lui –) pour l’insulter et l’accuser, lui reprochant divers actes similaires à ceux dénoncés par les révoltés parmi les gens des grandes cités qui avaient fini par le tuer.
Après cela, il encourageait ses partisans à se joindre aux kharijites afin de promouvoir le bien et interdire le mal, de s’élever contre ce qui se propageait déjà parmi les gens, et il minimisait la crainte de la mort sur ce chemin. Enfin, il condamnait la vie d’ici-bas (dounyâ).