Des têtes ont déjà mûri, et l’heure est venue de les cueillir (1). Par Dieu, je vois déjà le sang scintiller entre les turbans et les barbes. L’affaire a relevé son pan, alors relève le tien.
Puis il récita (2) :
« C’est maintenant le temps de l’effort, raffermis-toi, Zaym… la nuit l’a enveloppée d’un meneur impitoyable (3).
Je ne suis ni gardien de chameaux ni de moutons… ni boucher sur une monture ou en plein abattage (4). »
Ensuite il dit :
« La nuit l’a enveloppée d’un combattant intrépide (5), un courageux qui surgit des profondeurs, un émigré qui n’est pas un bédouin. »
Puis il déclara :
« Par Dieu, ô gens d’Irak, je ne suis pas de ceux qu’on titille (6), ni de ceux que l’on effraie en agitant des outres vides. J’ai fui grâce à mon intelligence (7) et j’ai parcouru la distance la plus extrême (8). Le Commandeur des croyants, ‘Abd al-Malik ibn Marwân, a vidé son carquois puis a examiné chacune de ses flèches, l’une après l’autre : il m’a trouvé celle au goût le plus amer et à la courbure la plus dure (9), et il m’a envoyé à vous. Combien de fois vous êtes-vous engouffrés (10) dans les vallées de la discorde, et combien de fois avez-vous ouvert la voie (11) de l’erreur, [et choisi les sentiers de l’égarement (12)] ! Par Dieu, je vais vous dépouiller comme on écorce (13) un bâton, et je vous serrerai comme on enserre un tronc de sallama, jusqu’à ce que vous obéissiez, [et je vous frapperai comme on frappe les chamelles indociles]. Par Dieu, je n’annonce rien sans l’accomplir, et je ne profère aucune menace sans l’achever (14). Prenez garde à ces rassemblements vains et à ces “on-dit”. Par Dieu, soit vous suivez la voie de la vérité, soit je ferai en sorte que chacun d’entre vous ait à s’occuper de son propre corps. »
Il ajouta alors :
« Celui que je trouverai après trois jours s’étant séparé de la troupe d’al-Muhallab — c’est-à-dire ceux qui… »