Bishr ibn Marwân (1), l’Omeyyade, était le frère d’Abd al-Malik ibn Marwân. Il fut nommé gouverneur des deux Irak par son frère Abd al-Malik. Il possédait une demeure à Damas, près de ‘Aqba al-Kattân (2). C’était un homme généreux et magnanime, et de son nom vient le couvent de Marwân (3) près de Ḥujayrâ. C’est lui qui tua Khâlid ibn Ḥuṣayn al-Kilâbî lors de la bataille de Marj Râhiṭ.
Il laissait toujours ses portes ouvertes en affirmant : « Ce sont les femmes qui se tiennent à l’abri. » Il avait le visage avenant et accordait des gratifications de plusieurs milliers aux poètes. Al-Farazdaq et Al-Akhṭal l’ont d’ailleurs loué. Les « Jahmites » (al-jahmiyya) se servent du vers suivant d’Al-Akhṭal pour prétendre que l’« istiwâ’ » (l’élévation sur le Trône) signifie « istîlâ’ » (la prise de possession) :
« Bishr s’est établi sur l’Irak / sans épée ni sang versé. »
Mais ce vers n’est d’aucune valeur probante, car il s’agit d’un argument erroné sous bien des angles, d’autant qu’Al-Akhṭal était chrétien.
La cause de la mort de Bishr fut un abcès apparu à sa main droite (4). On lui recommanda de l’amputer à l’articulation, mais il prit peur, et ne s’aperçut de rien jusqu’à ce que l’infection gagne son épaule. Au matin, elle avait déjà atteint l’intérieur de son corps, et il décéda.
Sur le point de mourir, il se mit à pleurer et déclara : « Par Dieu, j’aurais souhaité être un simple esclave gardant un troupeau dans le désert pour le compte de quelque bédouin, plutôt que d’avoir exercé ma charge. » Son propos fut rapporté à Abû Ḥâzim – ou à Sa‘îd ibn al-Musayyib – et l’on raconte qu’il répondit : « Louange à Dieu qui fait que, dans leurs derniers moments, ils accourent vers nous, et ne nous fait pas courir vers eux. Nous voyons en eux bien des leçons. » Al-Ḥasan raconta : « Je suis entré auprès de lui, et il se tordait de douleur sur son lit, puis il en descendit pour aller dans la cour, entouré de médecins. »
Il mourut à Bassora cette année-là, devenant le premier émir à y décéder. Lorsque la nouvelle de sa mort parvint à Abd al-Malik, celui-ci en fut attristé et ordonna aux poètes de le pleurer dans leurs élégies. Dieu (– glorifié et exalté soit-Il –) est plus savant (5).
Puis arriva l’année soixante-quinze (6). Au cours de cette année, Muḥammad ibn Marwân – frère d’Abd al-Malik ibn Marwân et père de Marwân al-Ḥimâr – mena la campagne d’été contre les Byzantins lorsque ceux-ci s’étaient rassemblés aux abords de Mar‘ash.