Il se rendit à Bassora et participa à l’expédition de Perse, se rendit à plusieurs reprises à Al-Madā’in. Quand le Prophète (que la prière et le salut de Dieu soient sur lui) mourut, il avait alors vingt-deux ans. Lorsqu’il appréciait l’un de ses biens, il l’offrait en aumône pour se rapprocher de Dieu. Ses serviteurs semblaient le savoir : parfois, l’un d’entre eux s’installait dans la mosquée et, lorsqu’Ibn ‘Umar le voyait ainsi, il l’affranchissait. On lui disait : «Ils te trompent !» Il répondait : «Celui qui nous trompe pour Dieu, nous nous laissons tromper par lui.»
Il possédait une servante qu’il aimait beaucoup ; il l’affranchit puis la maria à son affranchi Nâfi‘, en citant ce verset : «Vous n’atteindrez la piété que lorsque vous dépenserez de ce que vous aimez.» (Al ‘Imrân, 92). Il s’était également procuré un chameau de selle qui lui plut beaucoup au moment de le monter. Alors il dit : «Ô Nâfi‘, mets-le dans les chameaux réservés à l’aumône.»
Ibn Ja‘far lui proposa dix mille dinars pour acquérir Nâfi‘, et on lui demanda : «Pourquoi ne le vends-tu pas ?» Il répondit : «Qu’y a-t-il de meilleur que cela ? Il est libre pour l’amour de Dieu.» Un jour, il acheta un esclave pour quarante mille, puis l’affranchit. L’esclave demanda : «Ô mon maître, tu m’as affranchi : accorde-moi quelque chose pour subvenir à mes besoins.» Il lui donna alors quarante mille. Une autre fois, il acheta cinq esclaves. Après s’être mis en prière, il les vit prier derrière lui. «Pour qui avez-vous accompli cette prière ?» leur demanda-t-il. Ils répondirent : «Pour Dieu !» Il déclara alors : «Vous êtes libres pour Celui que vous priez», et il les affranchit.
On rapporte qu’il ne mourut qu’après avoir affranchi mille personnes. Il lui arrivait de faire l’aumône de trente mille d’un seul coup. Souvent, il passait de nombreux jours, voire un mois entier, sans goûter de viande, à moins que ce ne soit pour un orphelin sous sa protection. Lorsque Mu‘âwiya voulut assurer son allégeance à Yazîd, il lui envoya cent mille (pièces), mais il ne s’était pas écoulé un an qu’il n’en restait déjà plus rien. Il disait : «Je ne demande rien à personne, et je n’écarte pas ce que Dieu me donne.»
Pendant la période des troubles, il se présentait à chaque émir, priait derrière lui et lui remettait la zakât sur ses biens. Il fut l’un des plus savants en ce qui concerne les rites du pèlerinage : il suivait les traces du Messager de Dieu (que la prière et le salut de Dieu soient sur lui) et y accomplissait la prière, au point que, lorsque le Prophète s’était arrêté sous un arbre, Ibn ‘Umar veillait à l’arroser et à en prendre soin. Lorsqu’il manquait la prière du soir en commun, il consacrait la nuit entière au culte. Il veillait la plus grande partie de la nuit. On raconte qu’il mourut en ayant la même vertu que son père, et qu’il était alors le meilleur de ceux qui restaient. Durant soixante ans, il prodigua des avis juridiques aux gens de toutes les régions qui venaient le consulter.